LIVRE DIXIÈME
Le dessein de ce mariage n'eut pas plus tôt été rendu public, que la différence de la religion des deux partis fournit aux ecclésiastiques en général , et en particulier aux évéques de France actuelle* ment assemblés à Paris, une raison d'en^mpécher la conclusion, qu'ils ne laissèrent pas échapper. Le premier moyen qu'ils employèrent, fut de tra» verser de tout leur pouvoir à Rome l'cixpédition de la dispense, sans laquelle ils croyaient qu'on ne passerait point à la célébration. Us ne pou* valent, à cet égard, remettre leurs intérêts en de plus fidèles mains que celles de d'Ossat, qui n'était pourtant en cette cour que pour y servir ceux du roi ; mais ce n'est ici ni la première ni la dernière fois que cet ecclésiastique aura à es* suyer de ma part le reproche d'avoir non-seule* ment passé , mais encore trahi ses commissions* Si j'en crois le mémoire de Rome dont j'ai parlé , d'Ossat, au nom de tout le parti dont il était l'ina* trument, n'oublia rien pour détourner le pape d'accorder la dispense ' qu'il était personnellement chargé par sa majesté de soUiciter. Toutes ces
' Le cardinal d'Ossat, dans ses lettres, ne commence à parler de sa négociation pour obtenir la dispense en question que lorsque le duc de Bar étant allé lui-même la solliciter à Rome en 1600, il recommença, par ordre du roi, à faire de nouvelles instances sur cette affaire. Il nous apprend seulement en passant sur quelles raisons s'appuya sa sainteté pour refuser U gr^cc qu'on Ini demandait.
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personnes faisaient entendre à sa sainteté qu'en se raidissant sur cette grâce , il en arriverait deux choses : l'une, que Madame se rendrait catholique ; l'autre, que ce changement ne pouvant passer dans l'espTit des protestans que pour un effet de la violence dont aurait usé à son égard le roi son frère , il accroîtrait la défiance que ceux-ci ne témoignaient déjà que trop ouvertement de sa majesté, achèveraient de le leur faire regarder comme leur ennemi et leur persécuteur déclaré , et attireraient enfin cette guerre intestine si désirable, selon eux , pour les intérêts du saint-père et de la bonne religion.
L'autre moyen que le clergé mettait en œuvre était des remontrances assez vives pour pouvoir mériter le nom de menaces. Sa majesté eut la complaisance de les écouter, et de permettre une conférence où le docteur Du Val d'un côté, et le ministre Tilénus de l'autre, cherchant à faire valoir leur cause , s'échauffèrent assez inutilement , ce me semble , quoique l'un et l'autre se vantât après, à l'ordinaire, d'avoir terrassé son adversaire. J'en parle comme témoin , parce que je me laissai entraîner à la foule qui y accourait, comme à un spectacle tout-à-fait intéressant : je n'y arrivai pourtant que sur la fin , lorsque les deux tenans commençaient à succomber à la fatigue. Je ne sais par quelle raison on voulut me faire faire en cette