‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 3)Chapitre 224 sur 239 · LITRE DIXIÈME · texte numérisé non relu

LITRE DIXIÈME

occasion le personnage de juge : ce fiit peut-être parce qu'on savait que c'était moi que sa majesté avait chargé de dresser les artides du mariage. On commençait déjà à me répéter tous les pœnts d'une dispute qui durait depuis pluMeurs heures; mais je priai très-sérieusement qu'on m'épargnât ou cet embarras, ou cet honneur. Je dis que, s'il n'avait pas été au pouvoir de deux si fortes têtes de omcilier avec la sainte Écriture tant de canons et de décrets de papes , ou de justifier comment <»tte conciliation était impossible , afin de n'en plus parl^, on ne devait pas l'attendre d'un ignorant comme moi , et je le pense de même.

Quoi qu'il en soit , cette conférence n'ayant pas produit le fruit que MM. du clergé ' s'étaient promis, et voyant aussi qu'ils ne réus^ssaient pas mieux du coté de Rome , ils déclarèrent que rien n'était capable de leur ùàre donner leur consentement à ce mariage. On s'en serait passé , mais il Êdlait trouver un évéque qui voulût bien £aûre cette cérémonie ; et comme tous ces messieurs se

' Elle se faisait eu présence de Madame Catherine. « Mais, « dit le joamal de Henri TV, parce qae les docteurs de Sor- « bonne se servirent d'expressions et de subtilités scolastiqnes m auxquelles ladite dame n'a rien compris, les ministres l'ont « facilement persuadée de demeurer dans sa religion. » Péréfixe dit que le roi, n'ayant pu venir à bout de la convertir, quoiqu'il y employât les menuces, dit un jour au duc de Bar : M Mon frère, c'est à vous à la dompter. »

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tenaient par lajnam, cela formait une difficulté sur laquelle ils fondaient leur dernière ressource. Oims cet embarras , sa majesté s'avisa de s'a* dnesser à l'archevêque de Rouen' ,^t crut devoir en attendre plus de complaisance , comme étant 3on frère naturel , et lui ay^nt obligation depuis peu de l'archevêché , outre que ce prélat était connu de sa majesté , ain3i que de toute la France, pour être médiocrement scrupuleux , pour ne rien dire de plus. Cependant , à la première proposition que ce prince fit à l'archevêque , il vit un homme qui, d'un ton dévotement rebejle , l'accabla de citations bien ou mal faites des saints pères, des saints canons, des saintes Écritures. Le roi, surpris comme on peut se le figurer , d'un langage si nouveau dans la bouche d'un homme qui ordii^rement parlait de tout autre chose , ne pouvait presque s'empêcher de lui rire au nez, en \ui demandant par quel miracle U était tout d'uii coup devenu si savant et si consciencieux. Il crut faire mieu?: en répondant à l'archevêque par des raisons sérieuses , auxquelles celui-ci s'étant montré sourd , sa majesté éclata et lui reprocha son ingratitude. « Puisque vous faites ainsi Fen- « tendu , ajouta Henri , en revenant à sa première

' Charles , fils naturel d'Antoine de Navarre , et de mademoiselle de La Beraudière de La Guiche, autrement appelée La Rouet , Tune des filles de la reine-mère.

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