‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 3)Chapitre 225 sur 239 · LIVRE DIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DIXIÈME

« idée y je vais envoyer vers vous un grand doo « teur , votre confesseur ordinaire , et qui entend « pierveilleusement les cas de conscience. » Ce grand docteur et directeur était Roquelaure, compagnon ancien et actuel de débauche dé M. de Rouen , et à la prière duquel il avait obtenu Tarychevêche. Le prélat entendit parfiEdtement ce que signifiait cette petite menace ; et son air un peu confus était une conviction qu'il appréhendât les grands avantages que l'habitude et la familiarité pouvaient donner surluiàBoquelaure,sanii ceux qu'il tirerait de cet esprit que toute la cour lui connaissait , libre , ingénu , fécond en lieureuses saillies , et que l'archevêque lui-même n'avait pas accoutumé à outrer le respect dû au caractère épiscopal.

Le roi , ayant quitté M. de Eoueil , fit venir Roquelaurc ^ et lui dit : « Vqus ne savez pas , Ro- « quelaure, votre archevêque veut faire le prélat « et le docteur^ et me veut alléguer le& saints ca^ « nons, où je crois qu'il entend aussi peu que vous « et moi ; et cependant ^ par ces refus , ma sœut <c demeure à marier. Je vous prie ^parlez-rlui comme ce vous avez accoutumé . et le faites souvenir du « temps |)assé. Ah l pardiéii , Sire ^ répondit Ro*^ <c qvielaure\^ cela n'est pas bien ; car il est tenajps « au moins , selon mon opinion ^ que notr^ sœur c( Catelon commence à tâter des douc^rs de cette

« vie , et je ne crois pas que dorénavant elle en « puisse mourir par trop grande jeunesse : mais , a Sire , dites-moi un peu ce que dit ce bel évêque « pour ses raisons ; car il en est quelquefois aussi a mal fourni que je saurais l'être. Je m'en vais le «r trouver pour lui apprendre son devoir. »

Il n'y manque pas ; il dit à l'archevêque , dès en entrant dans la chambre : « Hé quoi ! mon arche- « véqùe , que veut dire ceci ? On m'a dit que vous « faites le fat ; pardieu ! je ne le souffrirai pas; il « y va trop de mon honneur , puisqu'on dit que je « vous gouverne. Ne savez-vous pas bien qu'à votre ce prière je me rendis votre caution envers le roi, «lorsque je lui parlai pour vous fEiire avoir l'ar- « chevêche de Rouen ; ne me faites-vous pas passer « pour menteur en vous obstinant ainsi à faire la « bête? Cela serait bon entre vous et moi , qui « nous sommes vus quelquefois ensemble aux brè- (c ches raisonnables et les dés à la main ; mais il « s'en faut bien garder, lorsqu'il y va du service a du maître et de ses ordres absolus. Hé, vrai Dieu! a que voulez -vous que je fasse? répondit M. de « Rouen. Quoi ! que je me Éasse moquer moi , et c< reprocher par tous les autres prélats une action « où tout le monde dit qu'il y va grandement de « la conscience , n'y ayant eu aucun des évêques « auxquels le roi en a parlé qui ne l'ait aussitôt a refusé ? Ho , morbleu ! ne le prenez pas comme

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