‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 3)Chapitre 227 sur 239 · LIVRE mxlkUB · texte numérisé non relu

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grand prix , &t magnifiquement enharnaché , que m'envoya M. le duc de Lorraine. Je les renvoyai à sa majesté, qui m'ordonna dé les garder.

Ce ne fut pas à cette seule occasion qutd le clergé tint tété à sa majesté. Il se raidissait plus fortement et aussi phis essentiellement contre la vérification de l'édit de NaMeS , qui lui paraissait toujours un morceau difficile à digérer. Comme depuis près d'un air quHl se tenait assemblée à Paris à ce sujet ^ il avait eii lié temps de prévenir 1& parlement et les. autres cours souveraines , ai^ssi^ bien que la- Sorbonné , contre cet édit , tous ces corps se soulevèrent dès qu'il eut été rendu public ^et se donnèrent des mouvemens qu'on peut niieux imagina que décrire. On ne parla plus d'autre chose : chacun s'attacha à critiquer la pièce , et à la combattre par différens raisonnemens. Il 9 en £aut beaucoup qu'ils ne fussent tous justes , non plus que tous leS' motifs que le parlement apportait ^Dtir se dispenser de l'enregistrer; mais la sincérité dont f ai fait jusqu'ici profession , même dans les^ choses qui me touchent de plus près , m'oblige à convenir que toutes ces personnes n'avaient pas' tort en tout.

U Jetait, par eoteinple/peirmis aux réformés, par un des articles de l'édit, dé convoquer et de tenir toutes sortes d'assemblées synodales et autres , en tel temps , tel lieu et toutes les fois qu'ils

voudraient , sans en demander permission , ni à sa majesté, ni aux magistrats, et d'y admettre encore toutes sortes d'étrangers, sans en donner connaissance à aucun tribunal supérieur : comme aussi d'aller assister, de leur côté, sans congé, aux assemblées qui se tiendraient chez les étrangers. Il est clair qu'un point aussi directement contraire à toutes les lois du royaume que préjudiciable à l'autorité du roi, aux droits de la magistrature, à l'utilité et au repos du public, ne pouvait avoir passé que par surprise ; et c'est aussi sur ce point qu'insistèrent principalement les ennemis des protestans, dans les différentes remontrances qu'ils firent à: sa majesté , faisant valoir chacun les raisons qui les intéressaient le plus. Le parlement remontra que cet article achevait d'anéantir son autorité, que le dergé avait déjà si fort resserrée , auissi-bien que celle du roi (car il prétend que ces deux autorités n'en font qu'une); que sans les appels comme d'abus, qui lui restai^t encore, il n'en aurait plus, pour bien dire, que l'ombre. Le clergé et la Sorbonne se plaignirent de la supéiîorité que cette concession donnait à l'église calviniste en France sur l'église catholique, qui, dans sa juridiction, n'avait jaùiais eu de pouvoir si étendu , et on ne peut nier que cela ne soit vrai. Enfin on releva tous les mauvais effets qu'était capable de produire cette in«-

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dépendance absolue des huguenots français , soit entre eux, soit dans leurs associations avec tout ce que la France pouvait avoir d'ennemis en Europe.

Le roi n'avait pas encore examiné l'édit par lui-même, et il n'en avait eu connaissance que par une simple lecture , dans laquelle on avait sans doute glissé légèrement sur cette clause , et peutêtre l'avait-on omise tout-à-fait. Il témoigna par sa surprise à ceux qui lui parlaient ainsi qu'il avait été trompé, et leur promit d'y pourvoir, et ensuite de leur rendre réponse. En.efifet, eux sortis, il commença par m'envoyer chercher, et me montra l'écfit. Je ne déguisai aucun des sentimens que j'exprime ici ; j'y ajoutai même qu'à force de s'attacher à rendre cet article avantageux aux protestans, il me semblait qu'il leur devenait nuisible , en ce qu'il ouvrait un vaste champ à toutes les calomnies qu'on voudrait inventer contre les honnêtes gens du parti, de briguer contre l'état avec l'étranger, ou de s'en laisser suborner. Henri, encore confirmé dans son opinion, me renvoya, en m'ordonnant de me disposer à bien faire valoir tous ces motifs dans l'assemblée des protestans , qu'il voulut qu'on convoquât à l'heure même, pendant que , de son côté , il en allait demander l'explication à ceux qui avaient fabriqué l'édit.

MM. de Schomberg, de Thou, Calignon et

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déclarer sa souveraineté de Sedan' un fief de TEmpire ; mais il ne fedlait pas que cette prérogative lui ôtàt toute communication avec les seigneurs réformés de France, autrement il y aurait beaucoup plus perdu que gagné. Le tempérament qu'il avait trouvé pour accorder son intérêt avec son ambition , était de laisser son église de Sedan comprise avec les églises réformées de France ; ce qu'il faisait à la faveur de l'article en question , pendant qu'il continuait à se faire traiter comme prince étranger.

Berthier revint rapporter au roi la disposition^ des prélats de l'assemblée , avec le résultat de leur délibération , qui était qu'on ôtât aux quatre commissaires toute connaissance des affaires de religion, et qu'on réformât l'édit, quant à cet article et quelques autres moins essentiels ; ce que sa majesté promit encore.

Cependant l'assemblée des principaux protestans alors à Paris, ayant été indiquée pour le lendemain même du jour où se fit l'édaircissement entre le roi et les commissaires , je reçus , comme à l'ordinaire , un billet d'invitation pour m'y trouver. J'avais cessé d'y assister depuis que je m'étais aperçu que ma présence gênait les trois ou quatre personnes qui y avaient la grande main , et qu'elle

* Voyez rhistoire du duc de Bouillon, déjà citée plusieurs fois, iiv. 5.

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