‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 3)Chapitre 229 sur 239 · LIVRE DIXlÈl^rE · texte numérisé non relu

LIVRE DIXlÈl^rE

chose eut été arrêtée; pour les autres, il ne songea qu'à les empêcher de faire pis.

Il se conduisit avec la même sagesse à l'égard de quelques catholiques malintentionnés, qui, ne voulant pas paraître eux-mêmes, mirent en jeu une certaine Marthe Brossier, prétendue démoniaque, qui était devenue l'objet de la curiosité du public, toujours épris du merveilleux, vrai ou faux. 11 est surprenant qu'un spectacle si ridicule en soi, qui ne méritait pas les regards de la plus vile populace, ait pu se soutenir pendant un an et demi, et devenir une affaire d'état. C'est qu'une moitié du monde se laissa réellement éblouir par un surnaturel, seulement dans les apparences, et que l'autre en redouta les effets , non par la chose même, mais par les motifs qui faisaient jouer ce ressort. Marthe Brossier trouva des protecteurs en grand nombre dans le clergé, et jusqu'à Rome où elle se fit conduire. Le roi donna sans affectation à la vérité le temps et les moyens de se manifester ' ; après quoi le tout se termina à un

* Tout ce qui regarde cette prétendue démoniaque est rapporté d'une manière trèS'Curieuse dans de Thou, au commencement du liv. ia3, année iSgg, En voici un simple abrégé. Jacques Brossier, boulanger à Romorantin en Sologne, s'étant dégoûté de son métier, se fit joueur de gobelets, et se mit à courir le monde avec ses trois filles, Marthe, Silvine et Marie. L'aînée, dotit il est question ici, profita si bien des leçons qu'il lui donna pour contrefaire la démoniaque, qu'elle trompa

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grand mépris pour les auteurs et pour Tactrice de cette comédie.

La mort de quantité de personnes considéra-

tout le inonde à Orléans et à Cléri, mais non pas Charles Miron, évêque d'Angers, qui découvrit l'imposture. Cela oe l'empêcha pas de venir s'établir à Paris, où elle choisit l'église de Sainte-Geneviève pour se donner en spectacle an peuple, qui y accourut aussitôt. Elle en imposa à tous les ecclésiastiques crédules, aux capucins qui commencèrent à l'exorciser de bonne foi, et même à quelques-uns des médecins que Henri lY envoya pour la visiter , quoique tous les autres déposassent formellement contre elle, et surtout Michel Marescot, l'un de ces médecins, qui la convainquit publiquement de n'entendre ni grec ni latin , de n'avoir que la force ordinaire- de celles de son sexe ;n en un mot, d'être une séductrice et une friponne. Le parlement ne lui fut pas plus favorable; mais, malgré cela, les religieux et les prédicateurs avaient si bien su intéresser la religion dans cette affaire, et la prétendue possédée joua si bien sou rôle, que l'arrêt du parlement qui lui enjoignait aussi-bien qu'à son père de s'en retourner chez eux, tout juste et tout sage qu'il était, causa d'étranges murmures, ou presque une révolte dans Paris; ce. qui donna d'assez grandes inquiétudes au roi , qui voyait que ce qu'il avait eu d'ennemis dans la vieille Ligue reparaissait à cette occasion. Alexandre de La Rochefoucault , seigneur de Saint-Martin , des comtes de Randan , osa même entreprendre de réveiller cette affaire en faisant passer cette Marthe à Avignon , et de là à Rome , où elle trouva encore plus de partisans. Malheureusement pour elle, s'y trouva le cardinal d'Ossat , qui s'employa si utilement dans cette affaire , qu'enfin Marthe et sa famille se vit abandonnée de tout le monde, et vécut et mourut dans le mépris et la misère. Voyez aussi les autres historiens.

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Ues donna matière à d'autres discours. Celles du chancelier de Chivamy , de Schomberg et dlncar* ▼ille^ tous les trois du conseil des finance, firent un changement dans les afEûres. Les sceaux fîi* rent donnés à Bellièvre ; la chaire de contrôleurgénéral, qu'a^^ait d^Incarville , fiit accordée, à ma solficitation, à de Yioine; et celle de surintendant des finances fut rétablie en ma £aiveur. Henri m'ayant £aât appeler dans le jardin des Tuileries^ où il était à se promener, me dit qu'il était résolu de remettre les finances entre les mains d'un hjQsnme seul; et, feignant de prendre un ton sérieux, il me fit promettre qoe^ je lui dirais librement ce que je pensais de cet homme, quand il me l'aurait nommé. Le lui ayant promis, il reprit aussitôt en souriant , et en me donnant un petit coup sur la joue, que je devais bien le connaître, puisque c'était moi-même. Sa majesté me gratifiia encore de la charge de grand-voyer^ dont elle m'envoya les provisions, avec celles de surinten* dant des fortifications. Et comme Sancy , livré à ses vertiges ordinaires, jugea à propos de se retirer du conseil , et de se dé£ûre de sa charge d'intendant des batimens, le roi la joignit encore aux antres bienfadts dont il me comblait Les appoint temens de la surintendance devinrent fixes, et furent de vingt mille livres. Ceux de grand-voyer,

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