‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 3)Chapitre 231 sur 239 · LIVRE DIXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE DIXIEME

Mademoiselle de Bourbon ' mourut aussi, et M. d'Espinac*, archevêque de Lyon, qu'on peut dire avoir tâté de toutes sortes de fortunes ; enfin madame la connétable , et après elle madame de Bealifort. Ces deux dernières morts surtout firent un très^-grand bruit. Quelques circonstances semblables dans la fin de ces deux dames, et peu or^ dinaires, c'est-à-dire une maladie violente, et de trois ou quatre jours de durée seulement, des cheveux hérissés , des visages si beaux devenus hideusement défigurés , et quelques autres symptômes, qu'en tout autre temps on aurait jugés naturels,, ou seulement un effet de poison, firent répandre dans le monde que la mort de ces deulc jeunes dames était, aussi-bien que leur élévation, l'ouvrage du diable^ qui était venu se payer luimême des courtes délices qu'il leur avait fait goutter. Et la chose passa pour certaine ^ non-seule^ ment parmi le peuple sottement crédule, màiâ parmi les courtisans mêmes, tant la contagion qui portait les esprits à la magie et aux scieiideà

' Fille de Henri I*', prince de Condé^ et de sa première femme, princesse de Nevers, marquise de Tlle, etc.

* Pierre d'Ëspinac. Il avait été grand ligueur; cependant Matthieu assure qu*il rendit de grands services à Henri lY contre l'Espagne, tom. 2 , liv. 2, pag. 3o8, où il fait Téloge de Ms vertus. De Thou, au contraire, nous le dépeint, liv. 90, comme un incestueux, simoniaque , etc.

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occultes était forte en ce temps-là, et aussi tant on portait de haine et d'envie au rang qu'occupaient ces deux femmes.

Voici comme on rapporta celle de la connétable ' , et ce fiit , dit-on , les dames mêmes assemblées alors chez elle. Comme elle s'entretenait gaîment avez elles dans son cabinet , une de ses femmes y entra avec un visage effrayé, et lui annonça qu'un quidam, qui se disait gentilhomme, d'assez bonne mine , excepté qu'il était tout noir et d'une taille gigantesque, venait d'entrer dans son antichambre, et avait demandé à lui parler pour des choses d'une si grande conséquence, qu'il ne pouvait s'en ouvrir qu'à elle-même. A chacun des traits de ce courrier extraordinaire, que la dame se faisait décrire avec soin, on la vit pâlir, et tomber dans un si grand serrement de cœur, qu'elle eut à peine la force de dire qu'on allât prier ce gentilhomme , de sa part , de remettre sa visite à un autre temps. A quoi il répondit d'un ton à faire mourir la messagère de frayeur, que, puisque la connétable ne voulait pas venir de bon gré, il allait prendre la peine de l'aller chercher jusque dans son cabinet. Elle craignait encore plus l'audience publique que le têteà-téte. EUe se résolut à la fin de passer de l'autre

' Louise de Budos, fille de Jacques de Budar, vicomte de Portes, seconde femme de Henri, connétable de Montmorency.

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