LIVRE DIXIÈME. 5oi
côté , mais avec toutes les marques d'un véritable désespoir.
Le message affligeant étant achevé , elle revint trouver la compagnie, fondant en larmes et demimorte. Elle n'eut que le temps de proférer quelques paroles, pour prendre congé de la compagnie , et en particulier de trois de ces dames , qui étaient ses amies, et pour les assurer qu'elles ne la verraient plus. Dans le moment, elle est saisie de douleurs aiguës , et elle meurt au bout de trois jours, faisant horreur à tous ceux qui la voyaient, par l'effroyable changement de chaque trait de son visage. Voilà l'histoire : les gens sensés en croiront ce qu'il en faut croire.
Madame de Beaufort était la plus faible de toutes les personnes de son sexe sur ce qui regardait l'astrologie. Elle ne se cachait point pour consulter les devins ; elle en avait une escorte qui ne la quittait point. Ce qu'il y a de plus surprenant, c'est que, quoique sans doute elle les payât bien , ils ne lui annonçaient jamais que des choses désagréables. L'un lui disait qu'elle ne serait mariée qu'une fois ; l'autre , qu'elle mourrait jeune ; celui-ci , qu'elle se donnât de garde d'un enfant ; celui-là , qu'elle serait trahie par un de ses amis ; ce qui la jetait dans une mélancolie dont elle ne sortait presque plus. Gracienne, l'une de ses femmes, m'a dit depuis que l'impression de tout ce
503i MEMOIRES PB SULLT.
qu'elle entendait dire était si forte, qu'elle renvoyait tout le monde, pour passer seule les nuits entières à s'affliger et à pleurer amèrement de toutes ces prédictions.
Comme elle était alors très-avancée dans sa grossesse 9 bien des personnes n'iront pas chercher plu^ loin la cause du malheur qui fut joint à sa couche. Elle était ménie déjà véritablement malade, et de corps et d'esprit, lorsque, sur la fin du carême, elle voulut être de la partie de Fontainebleau avec le roi : ella n'y fut que peu de jours. Le roi , qui ne voulut pas qu'on lui reprochât d'avoir gardé cette femme près de lui pendant le temps de la pâque , la pria de lui laisser passer les fêtes à Fontaineblefiu , et de retourner les passer à Paris'.
Madame de Beaufort reçut cet ordre les larmes aux yeux ; ce fut encore pis lorsqu'il fallut se se* parer. Henri , de son côté , plus rempli que jamaîfl de sa passion pour cette daine , dont il avait d^à eu deux enfans mâles , et une fille nommée Hrâ« riette , se faisait une égale violence. Il la conduisit jusqu'à moitié chemin de Paris * ; et quoiqu'ils
' Selon P. Mauhieup tom. 2, iiv. a, pag. 3i5. Elle vÎDt à Paris pour y fairç passer le contrat de l'acquisition de Chà* teauneuf au Perche.
' Elle vint coucher la veille à Meltin ; d'où le roi la conduisit au bateau dans lequel elle s'embarqua, et vint descendre à rAi'senal.