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comptassent ne se séparer que pour peu de jours, ils en appréhendaient le moment , comme si c'avait dû être pour un très-long temps. Ceux qui aiment à ajouter foi aux pressentimens ne passeront pas légèrement sur tout ce détail. Les deux amans s'accablèrent de nouveau des plus tendres caresses; et on a prétendu trouver dans toutes les paroles qu'ils se dirent en ce moment des preuves de ce pressentiment d'une fatalité inévitable.
Madame de Beaufort parlait au roi comme si elle l'eût vu pour la dernière fois \ Elle lui re^ commandait ses trois enfans , sa maison de Monceaux et s^s domestiques. Le roi l'écoutait , et au lieu de la rassurer, il s'attendrissait lui-même. Ils prenaient congé l'un de l'autre; mais un mouver ment secret les faisait aussitôt se rapprocher. Henri ne se serait pas facilement arraché de ses bras, si le maréchal d'Ornano, Roquelaure et Frontenac ne fussent venus l'en tirer comme de force. Ils lui firent enfin reprendre le chemin de Fontainebleau; et les dernières paroles qu'il dit furent pour recommander sa maîtresse à La Yar renne, avec ordre de ne la lais&er manquer de rien^ et de la remettre chez Zamet, choisi pour avoir soin de cette personne si chère.
' D'Aubigné parle de la même manière de cette séparation , tom. I9 liv. 5, chap. 3.
5o4 . MEMOIRES DE SULLT.
J'étais à Paris lorsque la duchesse de Beaufort y arriva , et j'en devais partir avec mon épouse peu ,de jours après pour aller faire la cène à Rosny , où je menais le prince et la princesse d'Orange , à qui j'avais envie de faire voir les bâtimens que les nouvelles libéralités du roi me mettaient en état d'y faire élever. Je crus devoir prendre congé de cette dame. Elle avait oublié tout ce qui s'était passé à Saint-Germain. Elle me fit l'accueil le plus caressant , et , n'osant s'expliquer clairement sur la complaisance pour ses desseins , à laquelle elle souhaitait passionnément de pouvoir m'amener, elle se contentait de chercher à me mettre dans ses intérêts, en mêlant avec cet air de politesse dont elle ne gratifiait pas tout le monde quelques mots à double entente, qui me faisaient envisager une fortune sans bornes , si je voulais bien me relâcher sur la sévérité des conseils que je donnais au roi à son sujet. Aussi peu touché des chimères dont cette femme se remplissait que de celles dont elle cherchait à me remplir, je feignais de ne rien entendre d'un discours si intelligible, et je payais ces termes équivoques de protestations générales de respect , d'attachement et de dévouement, qui ne signifient que ce qu'on veut.
De retour chez moi, je songeai que mon épouse devait s'acquitter du même devoir envers la du-»
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chesse. Elle n'en fut pas moins bien reçue. Madame de Beaufort la pria de l'aimer , et de vivre avec elle comme avec une amie, et entra dans des confidences qui auraient pu paraître le dernier trait de l'amitié la plus intime à ceux qui, comme madame de Rosny, ignoraient que la duchesse, qui au fond n'avait que médiocrement d'esprit, n'était pas délicate sur le choix de ses confidens. Elle n'avait point de plus grand plaisir que d'entretenir les premiers venus de ses projets et de ses espérances. Plus ceux à qui elle parlait étaient ses inférieurs, plus elle se trouvait à son aise, parce qu'alors elle ne ménageait plus ses termes , et se permettait même souvent d'y faire entrer celui de reine.
Elle n'avait pas plus de retenue sur ce qui lui était arrivé effectivement que sur ce qu'elle comptait qui lui arriverait. Trop de naïveté à cet égard donna peut-être lieu aux bruits qui se répandirent dans le monde sur l'irrégularité de quelques démarches de sa jeunesse. Je crois pourtant ces traits satiriques un pur effet du déchaînement de ses ennemis , par le peu d'apparence qu'une femme ait pu porter l'imprudence et la distraction jusqu'à dire de soi le bien et le mal indifféremment. Et je ne me reprochai point d'avoir retenu six ans à la Bastille une fenmie de ses domestiques, nommée La Rousse, et son mari, qui,
5o6 MléMOiRBS DE SULLT.
«près la mort de cette dame, continuaient de déchirer sa roéroire avec la dernière indignité, parce que, quand même tout ce qu'ils en disaient au* rait été incontestable, les égards qu'on devait à sa fiimilla , et plus encore à l'attachanent que le roi avait témoigné pour elle , et aux enfans qu'il en avait eus , étaient seuls capables d'imposer si* leace à la médisance.
Madame de Rosny ne laissa pas d'être bien surprise de tout ce qu'elle entendait dire à madame de Beaufort , et elle le fut encore davantage lors* qu€, faisant un assez mauvais assem))lage de ces civilités qui se pratiquent entre égales , et de ces airs de reine, elle lui ^entendit dire qu'elle pouvait venir à son lever et à son coucher toutes les fois qu'elle voudrait, et plusieurs autres choses semblables. Elle ne put s'empêcher d'ai conclure avec tout le monde un changement prochain dans l'état de la duchesse, et revint au logis pleine de ces pepsées, qu'elle me communiqua. J'avais étendu jusqu'à mon épouse le secret que j'avais gardé sur tout ce qui s'était dit à ce sujet entr^ sa majesté et moi, aussi-bieQ que la scène de Saint-Germain. Je lui promis de lui apprendre l'état des choses , pourvu qu'elle ne dît rien à la princesse d'Orange de tous les discours de madame de Beaufort , et nous primes tous le chemin de Rosny.
Peut jours après, qui était le samedi dePàq^idSi