LIVRE DIXIÈME. Bo'J
comme je m'acquittais de la parole que j'avais donnée à madame de Rosny en lui apprenti le dessein de madame de Beaufort de se faire déclarer reine , tous les mouvemens que se donnaient pour cela ses parens et ses créatures, les combats^ que le roi avait soufferts intérieurement, et la résolution qu'il semblait enfin avoir prise de se vaincre lui-même , à quoi je joignais la réflexion des malheurs que la conduite Contraire aurait attirés sur le royaume; j'entendis qu'on tirait la sonnette de la première porte du château , au-delà des fossés ; et, parce qu'aucun des domestiques ne répondit , le jour n'ayant point encore paru , on redoubla avec force , et une voix s'écria à plusieurs reprises : De la part du roi. J'éveillai moimême un laquais, et, pendant qu'il allait ouvrir, je me couvris d'une robe de chambre, et descendis en bas , fort inquiet de ce qu'on me voulait si matin.
Le courrier m'anqonça qu'il était venu toute la nuit me dire de la part du roi que je me rendisse à Fontainebleau à l'heure même. Il me parut avoir le visage si triste, que je crus que le roi était malade : « Non , me répondit-il , mais il est dans le « dernier chagrin ; madame la duchesse est morte. » Je me le fis répéter plusieurs fois , tant la chose me paraissait peu vraisemblable. Ijorsque je n'en pus plus douter, je sentis mon esprit partagé entre
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l'affliction de l'état où cette mort réduisait le roi, et la joie du bien qui en revenait à toute la France. Ce dernier sentiment se rendit le plus fort , parce que je convins en moi-même que ce prince allait acheter par une douleur passagère l'exemption de mille déchiremens de cœur, plus cruels encore que ce qu'il souffrait actuellement. Je remontai dans la chambre de mon épouse, occupé de ces pensées. « Vous n'irez point, lui dis-je, au lever, c ni au coucher de la duchesse ; elle est morte. 9 Je fis monter avec moi le courrier , afin que , pendant que je m'habillerais et qu'il déjeûnerait , il nous instruisît des circonstances de ce grand évé-« nement, que je vis encore mieux détaillées dans la lettre que I^a Varenne avait écrite de Paris au roi, et que sa majesté m'avait envoyée par le courrier, avec une seconde de La Varenne, adressée à moi personneUemenL
Zamet ' avait reçu son hôtesse avec tout l'emr pressement d'un courtisan qui cherche à plaire, et il n'oublia rien de ce qu'il jugea capable de lui
' Sébastien Zamet, riche partisan, était Italien, originaire de Lucques ; mais il se fit naturaliser en 1 58 1 avec ses deux frères, Horace et Jean- Antoine. Il dit au notaire qui faisait le contrat de mariage de sa fille de le qualifier de seigneur de dix-sept cent mille écus. Henri IV avait choisi sa maison pour faire ses repas et ses parties de plaisir. Ce prince Taimait d'aiU leurs, parce qu'il était plaisant et enjoué.