LIVRE DIXIÈME. SoQ
faire passer le temps agréablement. Le jeudi absolu, madame de Beaufort, après son dîner, où elle aîvait mangé toutes viandes excellentes et préparées à son goût, eut envie d'entendre les ténèbres en musique au petit Saint- Antoine. Elle y fiit prise de quelques éblouissemens qui la firent revenir promptement chez Zamet Elle n'y fiit pas plus tôt arrivée, que, prenant l'air dans le jardin, elle fut attaquée d'une apoplexie , qui pensa l'étouffer dans le moment. Elle revint un peu par les secours qu'on lui donna, et fortement frappée de l'idée qu'elle était empoisonnée * , elle commanda qu'on la tirât de cette maison , et qu'on la trans* portât au cloître de Saint-Germain, chez madame de Sourdis , sa tante.
A peine eut-on le temps de la mettre au lit, que des redoublemens terribles et précipités, des convulsions effrayantes , enfin , tous les S3rmptômes de la mort , firent que la Varenne , qui prenait la
' D'Aubigné le donne à entendre, lorsqu'il dit qu'après s'être rafraîchie chez Zamet, en mangeant d'un gros citron, ou, selon d'autres, d'une salade, « elle sentit aussitôt un tel c feu au gosier, et des tranchées à l'estomac, si furieuses» « que , etc. ; » ce sont ses paroles. Mais , ni de Thou , u} Bassompierre, ni \e Septénaire, ni aucun historien, n'appuient ce sentiment sur le poison. Le Grain attribue cet effet au suc cru et froid du citron. Sauvai dit avoir connu des vieillards qui se souvenaient d'avoir vu la duchesse exposée dans le cloître de Saint-Germain.
5lO M^MOIEES DE SULLY.
plume pour mander au roi raccident qui venait d'arriver, n'eut en effet autre chose à lui dire sinon que tou6 les médecins désespéraient de la vie de sa maîtresse ^ par la nature du tnal , qui deman* dait les remèdes les plus violens, et par la gros* sesse de la malade ^ qui rendait mortel pour elle tout ce qu'on pouvait faire pour la soulager \ Il n'eut pas plus tôt fait partir la lettre, que madame de Beaufort, touchant à sa dernière heure, fut re* prise de nouvelles convulsions qui la noircirent et la défigurèrent si horriblement, que La Ya-^ renne ^ ne doutant point que, sur sa lettres, le roi ne se mit aussitôt en chemin pour venir voir sa maîtresse, jugea qu'il était plus à propos dé lui mander par un second billet qu'elle était morte, que d'exposer ce prince à un spectacle aussi aécablant et aussi révoltant en même temps que l'est celui de voir une femme que l'on a tendrement aimée expirer dans deê agitations , des efforts et des saisissemens qui ne lui laissaient presque rien d'humain dans la figure.
La Varetiiie m'écrivait par le même courrier, et me mandait qu à la vérité la duchesse n^était
' « Le médecin La Rivière ayant couru à eet accident^ dil « d'Aubigné, avec autres médecins du roi ^ et n'ayant fait que « trois pas dans la chambre, et de là ayant vu lés àecidelis ex-* « traordinaires^ s'en retourna, disatit à ses compagnons : Hit « est manus DominL » Tom. 3, liv. 5, chap. 3.