‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 3)Chapitre 236 sur 239 · LIVRE DIK1^.ME · texte numérisé non relu

LIVRE DIK1^.ME

pas morte , maià qu'autant qu'il en pourait juger, elle n'avait plus une heure à vivre \ Elle expira en effet peu de momens après , dans des révolutions et un bouleversement de la nature capables d'inspirer l'horreilr et l'effroi. Le roi, qui n'avait pas manqué, à la réception de la première lettre de La Varenne, de monter aussitôt à cheval , reçut la seconde à moitié chemin , et , n'écoutant que sa passion, il voulait, quelque chose qu'cm pût lui dire , se donner la consolation de voir encore sa- maîtresse , toute morte qu'il la croyait étre^. Les trois mêmes personnes qui l'a-

' Le samedi matin » les convulsions lui avaient tourné U bouche jusque sur le derrière du cou. On ouvrit son corps» où Ton trouva son enfant mort. Voyès sur cette mort , tie TA^m » liv. 122 ; Matthieu^ Aid,; tilAubigné^ ihid,; Le Grain, liv. 7 ; ie Septénaire^ année 1 599 ; Mém, de Bassompierre, etc. De Thou » Matthieu et Bassompierre mettent sa mort un jour plus h^t.

' Selon Bassompierre, qui en parle en témoiil oculaire» Henri ne croyait point que sa meâtresse fût ikiorte encore. Il dit que , La Varenne étant venu avertir le maréchal d'Omano et lui, qui avait accompagné la duchesse à Paris 1 qu'elle tenait de mourir, ils montèrent tous deux à cheval pour aller ahnoncer cette fâcheuse nouvelle au roi, et l'cmpécher devenir à Paris. « Nous trouvâmes, dit-il, le roi par-delà laSaussajei « près de Yiliejuif , qui venait sur des courtauds à toute bride. « Lorsqu'il vit le maréchal, il se douta qu'il lui en venait dir« « la nouvelle ; ce qui lui fit faire de grandes lamentations : < enfin on le fit descendre dans l'abbaye de la Saussaye, où on « le mit sur un lit. Enfin , étant venu un carrosse de Paris, on « le mit dedans pour s'en retourner à Fontainebleau > etc« •

5l2 MEMOIRES DE SULLY.

valent déjà reconduit pour la première fols àFontalnebleau firent tant par leurs raisons et leurs prières qu'ils l'y ramenèrent encore cette fols ; et

Mémoires éU: Bassompterrey tom. i, pag. 69 et suiv. Le Grain ajoute qu'on dit qu'il s'évanouit dans son carrosse entre les bras du grand-éouyer.

Sans vouloir en aucune manière justifier la passion de Henri lY pour cette femme , la justice oblige pourtant à remarquer ici que cet attachement n'était pas moins fondé sur les qualités du cœur et de l'esprit que sur celles du corps, et que la haine seule qu'on porte ordinairement à celles qui tiennent cette place a fait dire d'elle tout le mal que nous voyons dans les histoires. Je finis cet article par les paroles de d'Aubigné, écrivain naturellement plus porté à blâmer qu'à louer. « C'est une merveille, dit-il , comment cette femme, « de laquelle l'extrême beauté ne sentait rien de lascif, a pu «c vivre plutôt en reine qu'en concubine tant d'années, et avec « si peu d'ennemis. Les nécessités de l'état furent. ses enne- « mis , etc. » Il avait dit auparavant qu'elle usa fort modestement du pouvoir qu'elle avait sur le roi. Et Matthieu joint aux belles qualités qu'il remarque dans cette dame celle d'avoir souvent donné de fort bons conseils à Henri lY. [Ihid, ) « Elle « ne put souffrir aucun autre auprès d'elle, dit aussi Le Grain, « liv. 8 , quoique le sieur de Liancourt fût de grand mérite et « de maison fort noble ; de sorte que ce mariage fut dissolu » avant que d'avoir été consommé. >* Quelques écrits de ce ^mps- là parlent de Nicolas d'Amerval, sieur de Liancourt, comme d'un homme d'une naissance distinguée , à la vérité , et très-riche, mais dont l'esprit, disait-il, était aussi mal fait que le corps. Mademoiselle d'Estrées ne l'épousa que pour se délivrer de la tyrannie de son père , et parce que le roi lui promit qu'il saurait empêcher que ce mariage ne se consommât, et même qu'il le ferait casser; ce qu'il fit en effet.

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