LIVRE SIXI:ÈM
nai tranquillement vers Yillars en lui disant que je voyais bien que la colère seule lui avait dicté tout ce qu'il m'avait dit, et que je m'attendais que, sitôt qu'elle serait passée, il me ferait justice contre lui-même de tout ce qui lui était écliappé d'injurieux, et qu'il tiendrait sa première parole. « Hé <c bien ! Monsieur, me dit-il , déjà à demi défâché, « oui, je la veux tenir; mais regardez aussi à ne c me pas manquer sur les trois points qui sont « restés en différend. » C'est où je l'attendais : je lui répondis que, sans l'emportement qui lui avait £ût jeter au feu le traité, il y aurait vu que le roi les lui accordait tous trois.
Nous en étions là quand on vint annoncer madame de Simiers. « Ne criez point. Madame, lui ce dit-il , en s'avançant vers elle avec im visage serein <c et même riant, toutes nos colères sont apaisées ; (c mais , pardieu ! le trsutre qui en a été cause en «c mourra avant que je mange ni boive, d II tint parole : il se fit amener Dupré , et après que celuici eut avoué tout , sans autre forme de procès , il le fit pendre à une fenêtre.
Yillars me pria ensuite de lui montrer la lettre da roi. Jif ne craignis point de lui dire que les secrets de sa majesté ne pouvaient être communiqués qu'à ceux qui étaient ses serviteurs dédale réft. Il ne s'agissait, pour mettre Villars de ce nomqae de refaire le traité, que nous signâmes.
54 MEMOIRES DE SriLT.
et doDt nous gardâmes chacun un douMe. Noos convînmes seulement que la chose serait tenue quelque temps secrète , à cause de la Ligue et des Es^gnols y contre lesquels ce gouverneur prit de nouvelles mesures en renforçant les troupes qu'il avait dans Kouen. Après cela je ne balançai plus à lui faire voir toutes mes lettres , tant celles que j'avais écrites au roi et reçues de ce prince que celle où je l'informais de la ratification du traité y et la réponse que sa majesté y faisait. Le courrier qui porta cette dernière dépêche ne mit que quatre jours à son voyage.
Ces lettres donnerait une satisfaction infinie à Yillars , surtout la dernière , écrite de la main du roi. Sa majesté m'y remerciait du service que je venais de lui rendre, moins en prince qu'en ami, et finissait par ces mots : « Venez me trouver à «c Senlis, le ao mars, ou le ai à Saint-Denis, afin « que vous aidiez à crier v/Ve le roi dans Paris, et «c puis nous en irons faire aulant à Rouen, yy C'est que je lui avais mandé que j'y croyais sa présence nécessaire :.« Montrez cette lettre, ajoutait-il, au « nouveau serviteur quei vous m'avez acquis , afin « qu'il voie que je me recommande 5' lui ; qu'il « sache que je l'aime bèen ^.et que je sais piiser et « chérir les braves hommes comme lui. » <c Pardieul « s'écria Villars en cet endroit, ce prince est trop ff gracieux et trop obligeant de se souvenir de moi ,