‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 3)Chapitre 26 sur 239 · LIVRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME

un homme dont le dévouement pour lui et pour là Ligue fût connu , pour se remettre sur lui du soin de cette grande ville dans un temps où la nécessité de ses affaires demandait qu'il portât ses pas sur la frontière de Picardie, il s'arrêta sur Brissac * , qu'il gratifia de ce gouvernement.

Celui-ci répondit parfaitement à son attente dans le commencement. La lecture de l'histoire romaine avait inspiré à cet officier, qui se piquait d'esprit et de pénétration, un projet singulier. Il méditait, d'ériger la France en république , et de rendre Paris la capitale de ce nouvel état, dont il bâtissait tous les fondemens dans son imagination sur le modèle de l'ancienne Rome. Pour peu que Brissac fut descendu de cette haute spéculation ^ux applications particulières , auxquelles il est nécessaire d'avoir égard dans les plus grands desseins, il aurait vu qu'il est des circonstances où le projet même le plus heureux devient, par la nature des obstacles, par la différence du génie et du caractère des peuples, par la trempe des lois qui y sont adoptées , et par le long usage qui y a mis comme le dernier sceau , également chimérique et impossible. Il n'y a que le temps et une longue expérience qui puissent rçuftidier à ce qu'il

Mémoires pour V histoire de France, toflie %\ Mémoires de la lÀiçuey tome 6.

' Charles de Cosse-, comte de Brissac, maréchal de France.

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y a de défectueux dans les coutumes d'un état dont la forme est décidée, et ce doit tojjijours être sur le plan de sa première constitution \ Cela est si vrai, que, toutes les fois qu'on verra un état se conduire par des voies contraires à celles de son établissement, on peut se tenir assuré qu'il n'est pas éloigné d'une grande révolution. D'ailleurs l'application des meilleurs remèdes n'opère point sur les malades qui y résistent

Brissac n'allait pas si loin. Il fut long-temps sans pouvoir comprendre d'où provenait l'oppositioii générale qu'il trouvait à ses desseins : car il s'en ouvrit aux seigneurs et à tous les pnncipaux par«* tisans de la ligue. Il craignit à la fin pour lui^ même que , tandis qu'il travaillait ainsi, sans aucun second, à mettre son projet à sa perfection , le rm ne l'anéantît en s'emparant de sa capitale. Cette crainteie fit retomber assez promptement de ses idées purement romaines à l'esprit français de ce temps-là, de ne travailler que pour soi-mén^L Lorsque le motif de l'intérêt est encore fortifié

■ Cette maxime n'est entendue par le duc de Sully, et ne doit VèiTe en effet, cfoe dans le sens qu'rl ne faut jamcts s'écarter que le moins que Ton peut de l'ancienne îormr et des principes fondamenta|pL:i^ gouvernement, et non pas des abus que rignorance ou lalMOessité ont mêlés dans les différens étabiissemens qui regardfent, soit la finance , soit la politique, la police, etc. C'est sur quoi il s'expliquera lui-méni;e daas ta suite de ces mémoiies.

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