LIVRE SIXIÈME
autres , et obtint encore une charge de secrétaire du roi , en récompense de celle dont il se dé&isait.
paix pour tout le parti en général , et pour lui-même en particulier : « Parce que, dit-il , leur cause commune est tîéses- « pérée : Nous avons , «ajoute-t-il , perdu toute créance et as- « surance des uns aux autres. » Cayet, liv. 6, page 293.
Avec la clef que nous donnent de Thou et les autres historiens des démarches secrètes de Villeroi auprès des chefs de la Ligue, et du personnage qu*il jouait par ordre du roi, on comprend aisément quel est le sens de ces paroles, dont on a voulu faire un crime à Villeroi. On voit même qu'il ne pouvait guère s'exprimer autrement en parlant au duc de Mayenne % et, pour dire exactement la vérité, si l'on peut taxer Villeroi de quelque chose en cette occasion , c'est tout au plus de ne s'être pas piqué d'un peu plus de générosité dans une circonstance oii il eût été si beau d'en avoir ; car outre les avantages dont parlent nos mémoires, il y gagna le gouvernement de Lyon pour Charles de Neufville, marquis d'Alincourt, son fils. Mais où est le seigneur français de ce temps-là, ou même l'homme le moins nécessaire, qui ait pu se dire exempt de ce reproche? L'Étoile n'a pas passé à Villeroi ce caractère d'homme un peu trop intéressé : « Henri IV , dit-il , dans son « journal, étant allé un jours à Villeroi, faire une simple col- « lation avec douze ou quinze personnes de sa cour, il leur « dit à table : Mes amis, nous sommes tous à table d'hôte, fai- « sons bonne chère pour notre argent ; car nous avons un « hôte qui nous fera bien payer l'écot. »
Je crois qu'il est désormais inutile de répondre à tout ce que la passion du duc de Sully lui fait dire dans la suite de ses mémoires contre un homme qui, jusqu'en l'année 16 17, où il mourut, a rendu de très-grands services à ce royaume, ayant été ministre et secrétaire d'état sous quatre rois consécutifs , Charles IX, Henri III , Henri IV «t Louis XIII.
Le roi jugea à propos de me faire partir pour Rouen dès le lendemain de son entrée dans Paris , puisqu'il ne pouvait y venir lui-même. J'y arrivai le 25 mars, menant avec moi Vitry , à la tête de trois cents hommes. Lafont me reçut à la porte de la ville, et me conduisit, avec toute ma suite, à la maison qui m'avait été préparée : c'était celle du sieur de Martinbault, la plus belle de toute la ville , et Villars l'avait encore fait meubler somptueusement. Simon-Antoine et La Chapelle n'approuvaient pas une distinction si marquée. Ils ne
savaient encore rien du traité ; mais ils avaient pris tant d'ombrage de mon premier voyage, qu'ils employèrent tout leur crédit pour porter l'amiral à me défendre l'entrée de la ville.
Lafont, qui me mit au fait de tout leur manège, m'apprit qu'ils s'étaient priés ce soir même à souper chez le gouverneur, où devaient être aussi l'abbé de Tiron, le président de Boquemare, Medavy et d'Hacqueville, deux conseillers du parlement et quelques autres. Je pris ce moment pour éclater, et Lafont m'ayant assuré que l'amiral de Villars ne trouverait rien de mauvais de ma part , je voulus jouir de la confusion des députés de la Joigne et de l'Espagne en leur apprenant ce qui venait d'arriver dans Paris.
Je sortis dans le moment, et m'en allai à Saint- Ouen , où Villars était avec sa compagnie. Il entre-