LIVRE SIXIKME
tenait les députés dans un bout de la galerie .lorsque j'entrai. Je courus l'embrasser , sans craindre de troubler leur entretien, et je lui dis que je venais lui demander à souper, pour lui faire part des nouvelles. Villars répondit à mes caresses , et , comme s'il eût été de concert avec moi au sujet des deux députés, il me dit froidement, en me les montrant , qu'ayant du monde à souper , il craignait que je ne trouvasse pas la partie bien assortie. Je répliquai que je m'accommodais de tout le monde, et que j'étais persuadé que, toute haine de parti à part , ces deux messieurs entendraient avec plaisir ce que j^avais à lui apprendre. Le gouverneur jeta un coup-d'œil sur Simon-Antoine, qui , prenant la chose en galant homme , dit qu'il serait charmé de savoir de quelle manière le roi avait traité les Espagnols et les deux cardinaux : ce qu'il accompagna de louanges pour ce prince et de politesses à mon égard avec toute la finesse et le bon goût possibles. « A ce que je vois, me « voilà obligé de vous traiter tous, » nous dit Villar3 en ajoutant un compliment d'excuse sur la mauvaise chère.
Le reste de la compagnie s'approcha , et quelques instances 4ue me fit le président de Boquemare, je ne voulus rien dire que nous ne fussions à table. On annonça le souper : « Je suis, dit Tamiral <îu
<c se jfnettant d'abord au milieu de la table , trèscc mauvais maître des cérémonies. » Je ne voulais en faire aucune avec don Simon, qui, ne manquant pas d*ambition ^ et étant d'ailleurs de rang à la soutenir, se serait peut-être mis à la première place sur un simple compliment ; ce qui pouvait tirer à conséquence dans ime occasion où je représentais la personne du roi. J'allai donc m'y placer sans façon ; seulement je dis au député espagnol que , s'il ne s'agissait que de nos deux personnes , je lui rendrais ce qu'on doit à un étranger de mérite ; ce qu'il reçut de fort bonne grâce. La Chapelle lui ayant dit que je faisais à table ce que mon maître venait de faire à Paris, et qu'il n'y avait rien là qui ne fut dans l'ordre : a Je le vois, « dit l'Espagnol , et je crains bien que cet avance tage ne soit d'un mauvais augure pour nous ; « mais pour cela il ne faut pas laisser de rire et a de boire à la santé de nos maîtres , qui ne sont <c point ennemis , puisqu'il n'y a point de guerre <c déclarée entre eux. » Cette réponse était pleine de sagesse et de politique. Pendant tout le repas, cet étranger prit part à la conversation en homme d'e^MÎt , et parut sensible aux bonnes qualités du roi, et surtout aux nïarques de cléiôence qu'il avait données à tous ses ennemis , tant étrangers que Français. Je ne ren^arquai que Tiron et un