LIVRE SIXIKMK. ^I
docteur nommé Dadré * , qui gardassent le silence pendant tout ce détail.
Le repas se passa ainsi avec beaucoup de joie , vraie ou apparente de tous les convives; et, après qu'il fut fini, Villars me dit, en me reconduisant, qu'il me priait de ne point le venir voir de tout le lendemain , qu'il emploierait à se défaire , de façon ou d'autre, de ses députés. Il ne savait pas trop comment ces deux hommes s'entendraient donner leur congé; il me dit que, si je voulais en être instruit , je n'avais qu'à venir passer l'aprèsdinée chez madame deSimiers. J'y appris que Villars était demeuré enfermé trois heures entières avec les deux agens ; ils contestèrent : on en vint aux reproches et aux grosses paroles ; mais ce gouverneur n'était pas un homme qu'on pût facilement intimider ou faire changer; il leur déclara nettement que son accommodement avec le roi était consommé , et qu'ils n'avaient phis d'autre parti à prendre que de se retirer sans tarder , ou à Soissons, ou vers le duc de Mayenne, avec un saufcondiiit, qui était la seule grâce qu'il pouvait leur faire. Il fallut en passer par là; et Villars se précautionoa contre les effets de leur ressentiment en Êûsant entrer dans Rouen de nouvelles troupes qui se saisirent du palais, du fort et du château.. Cela Éadt, il envoya Lafont me dire que le lendemain ma-
' Jean Dadré^ pénitencier de i'é^'lise de Rouen.
tin , à ma première réquisition , il se déclarerait pour le roi en présence de toute la ville, qu'il fit assembler pour cet effet avec toute la forme et l'appareil qui pouvaient rendre cette action plus solennelle.
Je n'ai jamais ressenti de satisfaction plus parfaite que fut celle d'avoir rendu un service si con* sidérable au roi et à tout le royaume , ni goûté un sommeil plus tranquille que la nuit qui suivit cette journée. Le lendemain je me hâtai d'aller trouver Villars à Saint-Ouen; et, quoiqu'il fut encore assez matin , je le trouvai se promenant , depuis près* d'une heure , dans la grande place. Elle était remplie , aussi bien que toutes les principales rues ,' d'un peuple si nombreux, attiré par le bruit quis'était répandu de la sortie des députés et de la* nouvelle cérémonie , que Perdriel et d'Isencourt ,' Lafont et les soldats que lé gouverneur avait envoyés par honneur au-devant de moi, eurent beaucoup de peine à m'oùvrir un passage. L'allégresse était générale ; et elle se remarquait aisément sur tous les visages.
J'abordai l'amiral, qui avait à ses côtés le baron de Medavy et le président de Boquemare; et, après le salut ordinaire , je lui dis que , le roi étant présentement bon catholique , il était temps qu'il lui doni^t des marques de son zèle. Villars me répondit.qu'il était déjà dans le cœur le serviteur le plus fidèle de sa majesté, et que, s'il ne s'agissait