LIVRE SIXIÈME
plus , pour en faire une profession éclatante , que de revêtir i'écharpe blanche , il était prêt à la recevoir de ma main. Ten tirai une de ma poche; et Villars ne l'eut pas sitôt mise, que, sans songer davantage à compasser ses termes , il s'écria avec un transport qui était bien dans son caractère : ce Allons, morbleu! la Ligue est que chacun crie « viue le roi! » Le profond silence qui s'était fait dans l'assistance à notre abord fut rompu à cette parole par une acclamation générsAe devise le roi! et dans l'instant il se forma de tous ces cris, joints au son de la grosse cloche et de toutes 1^ autres , et à une décharge de toute l'artillerie, tant du fort que des différens endroits de la ville, un bruit capable d'inspirer l'effroi , si le sentiment de joie qui régnait partout avait permis de faire attention qu'il n'y avait pas une maison dans la ville qui ne tremblât de ce frémissement. «Ce. son des cloches, a dis-je au gouverneur, nous avertit d'aller rendre « à Dieu nos actions de grâces dan^ l'église de « Notre-Dame. » Le te Deum y fut chanté solennellement , et suivi de la messe , au commencement de laquelle je me retirai. Sitôt qu'elle fut finie, Villars vint me prendre dans son carrosse, et me mena à un festin superbe, où les cours souveraines , les officiers de guerre J^é^ti^EDaison . de ville étaient invités. On envoya ÔFdtaâir'à Verneuil , à Pont-Audemer, au Havre, où commandait le
obevalier d'Oise ' , enfin dans toutes les places qui reconnaissaient l'autorité de l'amiral de Villars, de se conformer à la capitale.
Mon premier soin , quand je me vis libre , fut d'informer le roi de ce qui venait de se passer , et de le prier d'envoyer quelqu'un de son conseil pour réhabiliter le parlement. Le lendemain , la ville vint me remercier en corps des soins que j'avais pris , et m'apporta son présent : c'était un buffet de vaisselle d'argent doré, parfsiitement tra* vaille, et de valeur de plus de trois mille écus. Je fis inutilement toutes sortes d'instances pour me dispenser de le recevoir. Mon courrier ne tarda pas à revenir chargé des dépêches de sa majesté. II y avait une lettre pour l'amiral de Villars , où le roi le qualifiait de son cousin, amiral, gouverneur en chef de Rouen , du Havre , etc. , et le conviait de venir à la cour d'une manière qui lui promettait l'accueil le plus gracieux. Celle qui était pour moi renfermait un ordre de m'y rendre le plus tôt que je pourrais.
L'amiral , qui ne voulait y paraître qu'avec un équipage conforme à son rang et à ses dignités , se donna le temps d'y travailler ; pour moi , je pris les devans , et vins coucher à Louviers , où il m'arriva avec B^;|fhfKpflé , que je ne connaissais point , la petite scèitôr«qu'an va voir.
' Georges de Brancas- Villars, chevalier, frère de Tainiral.