LIVRE SIXltME. 8l
était un présent de la ville de Rouen fait à sa majesté , dont elle m'avait gratifié ; et le lendemain ce prince prit dans sa cassette trois mille écus en or, qu'il m'envoya par Beringhen, pour apprendre qu'une pareille action dans un ministre ne perd point sa récompense. J'entre dans ces vues , en instruisant ici le public de cette double gratification.
L'amiral de Villars parut à la cour peu de temps après , avec une suite de plus de cent gentilshommes, dont quelques-uns étaient de là première noblesse de France, et l'emporta sur tous les autres seigneurs : mais on ferma bientôt les yeux sur la magnificence de sa maison et sur le brillant de ses équipages, pour les ouvrir sur sa générosité et sur sa modestie, qui sont en effet les véritables richesses de l'homme, quoiqu'on les rencontre si peu avec les premières. Il aborda le roi d'un air noble et soumis tout ensemble, et se jeta à ses genoux. « Monsieur l'amiral , lui dit « le roi, mortifié de cette attidude, et en le relec< vant promptement, cette soumission n'est due « qu'à Dieu seul. » Et, pour l'élever autant qu'il s'abaissait, il se mit à entretenir les courtisans des grandes actions de M. de Villars , avec un discernement qui semblait leur donner un nouveau prix. L'amiral chercha par des protestations de respect et de dévoûment à arrêter le cours de ses