‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 3)Chapitre 5 sur 239 · LIVRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME

poser qii'il fallait envoyer des députés demander au roi une trêve de six mois, et qu'on le forçat d'y donner son consentement. La trêve accordée pour trois mois à Suréne ' n'avait fait que donner du goût pour une plus longue.

Le roi donna audience aux. députés en plein conseil. La plupart de ceux qui le composaient n'écoutant que leur jalousie contre le duc de Mayenne, qu'ils craignaient comme un homme qui tenait en main de quoi acheter la faveur et toutes les grâces , opinèrent qu'on ne devait avoir aucun égard à la demande des députés, se fondant sur ce que celui qui les envoyait persistait dans sa révolte contre le roi, même depuis son abjuration. Malgré la justice qu'il y av^it à ne pas confondre le duc de Mayenne avec les Parisiens , je vis le moment où cet avis allait l'emporter ; et certainement il ne pouvait produire qu'un fort grand mal. Je pris la parole, et j'insistai si fortement sur l'avantage de faire goûter au peuple , déjà revenu de ses premiers égaremens, la douceur d'une paix: qui l'intéressât encore plus fortement en faveur du roi, que ce prince déclara qu'il accordait la trêve qu'on lui demandait , mais pour les mois d'août, septembre et octobre seulement.

* Ou à la Villette, entre Paris et Saint* Denis , comme le marquent les Mémoires de la Ligue. La date en est du dentier juillet, et elle fut publiée le lendemain à Paris.

Dès le lendemain , il se fit à Saint-Denis un concours prodigieux de la populace de Paris. Le roi se montra plusieurs fois au peuple assemblé. Il assista publiquement à la messe. Partout où il portait ses pas, la foule se trouvait si grande, qu'il était quelquefois impossible de la percer ' . Il s'élevait à tout moment un cri de vii^e le roi^ formé par un million de voix ensemble. Tout le monde s'en retournait charmé de sa bonne mine, de sa douceur , et de cet air populaire qui lui était naturel. « Dieu le bénisse, disait-on la larme à l'œil, « et le veuille amener bientôt en faire autant dans « notre église de Notre-Dame ! » Je fis remarquer au roi cette disposition du peuple à son égard. Tendre et sensible comme il était, il ne put voir ce spectacle sans une vive émotion.

Le» Espagnols eurent recours à leurs subtilités ordinaires. D'Entragues vint me trouver un matin , et me dit qu'il venait d'arriver à Saint-Denis un Espagnol chargé de dépêches importantes de Mendoce , qui lui avait ordonné de s'adresser directement à moi , comme au seul homme qui avait

' « Ils sont, disait Henri IV, affamés de voir un roi. -> V Étoile y ihld. J'ai reçu un plaisant tour à Téglise, écrivait-il

*à mademoiselle d'Estrées en cette occasion, ou dans une semblable : « Une vieille femme, âgée de quatre-vingts ans, m'est « venue prendre par la tête, et m'a baisé. Je n'en ai pas ri le

, « tiram^r, demain vous dépolluerez ma bouche, etc. » Mecueil dSiettres de Henri IV y ibid.

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