‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 3)Chapitre 42 sur 239 · LIVRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME

celui de prince souverain; et malheureusement pour lui il l'obtint. Il se flattait de voir par là son nom grossir le catalogue des téte^ couronnées, et il oublia qu'il manquait des moyens qui pouvaient le maintenir dans ce haut rang. Il le soutint, ou crut le soutenir, en s'épuisant pour briller à la cour du roi , et pour amener au siège de Laon deux mille arquebusiers et trois cents chevaux ; mais la gloire de ce nouveau potentat dura peu. Il échoua , ainsi que Nemours , à l'écueil commun des ambitieux, auxquels il est impossible de persuader que les meilleurs desseins sont ceux qui ne donnent que de médiocres avantages, mais exempts de. tous revei's, et à l'abri de tous les hasards.

Les Espagnols, voyant que tout leur échappait dans le cœur du royaume, voulurent arrêter le torrent en faisant un coup d'éclat , et vinrent assiéger la Chapelle. Le roi ne balança pas à laisser toutes les affaires domestiques pour aller s'opposer à la prise de cette place. Le soldat n'était pas dans la même disposition. Las de la guerre, il ne songeait qu'à l'oublier et li l'éloigner. Il se passa un si long temps avant que le roi eût pu rassembler son armée, que, quoiqu'il la précédât avec un petit corps de troupes, il arriva trop tard : il trouva le siège si avancé, et le comte de JNIansfeld, qui le commandait, si bien posté, qu'il n'osa,

faible comme il était, entreprendre de le forcer. On espérait encore que le gouverneur, avec l'avantage d'une place si forte, donnerait le temps au reste des troupes de joindre, et qu'alors o^ serait en état, ou de jeter du secours dans la place, ou de forcer les assiégeans au combat ; mais ce gouverneur, qui, suivant l'esprit du temps, ne cherchait qu'à tirer parti de tout pour son profit , avait si bien lésiné sur les vivres, les munitions de guerre et le nombre des soldats qui devaient composer sa garnison , qu'il fut obligé de rendre la place beaucoup plus tôt qu'il ne le devait, et se vit ruiné par son avarice.

Pour user de représailles, le roi alla investir Laon. Il n'ignorait pas que la Ligue avait mis cette place, déjà si forte par sa situation et ses défenses, en état de faire repentir quiconque oserait l'attaquer. Elle avait pour gouverneur un nommé du Bourg ' , l'un des meilleurs et des plus expérimentés officiers du duc de Mayenne , qui y avait encore fait enfermer son second fils , le comte de Sommerive ^ , à la tête d'une grande quantité de noblesse ; mais le roi considéra qu'en cette occa-

' C'est le même qui aima mieux sortir publiquement de la Bastille, dont il était gouverneur, avec Técharpe noire, que de la remettre au roi pour de Targent. P, de V Étoile ; Cayet, tome 2, page 691. Il s'appelait Antoine du Maine, surnommé du Bourg ou TEspinasse.

* Cbarles-£mmanuel de Lorraine, comte de Sommerive.

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