LIVRE SIXIEME
sion il avait à soutenir sa réputation militaire , à laquelle il avait l'obligation de tant de succès , et de sa part il ne négligea ni soin ni attention pour venir à bout de son entreprise.
Je le suivis avec joie à ce siège, et je fus chargé, selon mdn goût, de la direction d'une batterie de six pièces de canon, conjointement avec le vieux de Born " , lequel , en qualité de lieutenant-général de l'artillerie, la conduisait en l'absence du comte de La Guiche^, qui en était grand-maître, et consentit à me prendre pour second. J'avais commencé à peine à m'installer dans mon emploi , qu'il fallut l'abandonner. Le roi connut par toutes les lettres qui lui furent écrites de Paris que le comte d'Auvergne^, avec d'Entragues, son beaupère, commençait les menées qui faillirent depuis
* Jean de Durefort, sieur de Born.
' Philibert de La G iiiche , gouverneur de Lyon, fait grandmaître de Tartijlerie en 1678 , par la démission du maréchal de Biron.
' Il en sera beaucoup parlé dans la suite ; c'est Charles de Valois, duc d*Augouléme, grand-prieur de France, fils de Charles IX et de Marie Touchet , dame de Belleville , fille du lieutenant particulier d'Orléans. Elle mourut en i638, âgée de quatre-vingt-neuf ans , et le duc d'AngouIéme en 1639. Il était beau-fils de François de Balzac, seigneur d'Entragues ^^ parce que celui-ci épousa Marie Touchet, dont il eut Henriette de Balzac, marquise de Verneuil , maîtresse de Henri IV, et sœur utérine du comte d'Auvergne.
à lui faire laisser la tête sur un échafaud , et que Paris se remplissait de malintentionnés et de séditieux. Il venait encore de s'élever entre l'université et les curés de Paris , d'une part , et les jésuites , de l'autre , une dispute fort à craindre dans le commencement d'une domination mal affermie.
Sa majesté jugea à ces nouvelles qu'elle avait besoin d'un agent fidèle et vigilant dans cette grande ville. Si elle différa à m'en parler, c'est qu'elle jugea bien que cette commission , qui m'éloignait du siège , ne serait pas de mon goût. Une lettre du cardinal de Bourbon que je reçus, et que je ne pus me dispenser de lui montrer, acheva de la déterminer. Ce cardinal, sans entrer dans aucun détail , me mandait simplement qu'il me souhaitait passionnément auprès de lui pour des affaires si importantes, que moi seul, disait-il, pouvais y réussir. Quoique tout cela n'eût l'air que d'un compliment, sa majesté crtit ne devoir pas négliger l'avis ; et ne se fût-il agi que de la seule personne du cardinal , le roi avait tant de motifs de le ménager, qu'après cette lecture, il m'ordonna de me disposer à retourner à Paris, avec un véritable regret de ma part de quitter le siége.Pour remplir la place que je laissais vacante, il était besoin d'un homme de confiance. Je nommai à sa majesté Vignole , Parabère et Trigny , et