LIVRE SIXIEME
elle se détermina en faveur de Parabère \ Je me flattai que , les affaires qui m'appelaient à Paris étant terminées, je reviendrais devant Laon, et je comptais bien en presser la conclusion ; mais à celles-là il en succéda d'autres de si près, que, depuis la fin de mai jusqu'au commencement d'août que dura ce siège, je ne pus le voir que par échappées. Ce que j'en dirai sera par cette même raison assez interrompu.
Je pris les instructions du roi pour mon voyage , et vins coucher à Crépy. J'arrivai le lendemain à Paris , où je me transportai d'abord chez le cardinal. Je le trouvai malade', et aussi abattu d*esprit que de corps. Il m'embrassa étroitement, et témoigna une joie infinie de me voir. Il renvoya tout le monde de sa chambre , et me fit asseoir près de son lit, pour entendre mille choses importantes qu'il disait avoir à me communiquer. Celle par où il débuta ne devait pas me donner une grande opinion de tout le reste : mais c'était celle qui lui tenait le plus au cœur, quoiqu'il ne s'agît que de chagrins domestiques et de tracasseries de femme, dont j'ai presque honte d'entretenir le lecteur. Une certaine madame de Rosières
' Jean de Beaudean de Parabère.
* Lorsqu'il se sentit malade, il vint de Gaillon demeurer à Sainte-Geneviève, et ensuite dans sa belle maison de l'abbaye de Saint-Germain, dit de Thou, liv. 109^
était celle qui les causait. Soit jalousie ou vision , le cardinal s'était mis dans l'esprit qu'eUa le faisait mourir par enchantement , pour se venger de ce qu'il l'avait brouillée avec l'abbé de Bellosanne, son mignon^ Sa consolation était qu'il fallait que sa malfaitrice mourût, s'il ne mourait pas. Mon épouse lui avait dit, il y avait trois jours, que cette madame de Rosières était extrêmement malade ; et apparemment il avait bâti là-dessus toute 3a fable de magie et de mort.
Il me faisait toutes ces confidences avec un si grand serrement de cœur, que je ne doute point que ces imaginations n'aient beaucoup contribué à avancer ses jours. Je m'efforçai de lui remettre l'esprit, et il put enfin me parler de ses autres affaires , qu'il allait oublier. Après madame de Rosières, le roi était celui dont il se plaignait le plus : car la situation de son esprit était telle, qu'il ne se plaignait que de ceux qu'il aimait. Il avait demandé au roi de le laisser disposer de ses bénéfices, et sa majesté, disait-il, ne l'avait pas écouté favorablement; ce ne pouvait être, ajoutait-il, que parce que ce prince ne l'aimait point, ou parce qu'il n'était pas encore attaché sincèrement à la religion catholique (car comment être bon catholique romain et désobliger un cardinal?); et tout de suite, sans trop songer quel était celui à qui il parlait, il me pria de me rendre