LIVRE SIXIÈME. qS
vivre : mais il avait dans le surintendant un ennemi qui le persécutait continuellement , et semblait avoir entrepris de le chasser de France. Je n'en ai jamais trop bien su le motif : peut-être était-ce l'attachement que ce prélat avait toujours témoigné pour la maison de Guise , à cause de la reine d'Ecosse ' qui était de cette maison. Le cardinal de Bourbon disait que d'O n'en avait point d'autre que l'intérêt que lui cardinal prenait à l'archevêque : et il est vrai que, toutes les fois que cette éminence avait fait solliciter le surintendant en faveur du vieux prélat , il n'en avait paru que plus acharné à le détruire. Le cardinal me pria de porter le roi à protéger l'archevêque. Il promettait de ne plus se mêler d'aucune affaire au dedans ni au dehors du royaume : il n'en était même plus capable : d'ailleurs on ne pouvait rien lui reprocher. Pour me mettre dans ses intérêts , le cardinal me dit que cet archevêque m'affectionnait au point de pleurer continuellement sur le malheur que j'avais d'être engagé dans la religion protestante.
Il revint encore à ses bénéfices , et ce fut par où il finit. Il me recommanda instamment de lui obtenir de sa majesté la liberté de les résigner. Il m'avoua que la possession de ces bénéfices avait
• Marie de Lorraine, fille de Claude, duc de Guise, épousa en i53o, Jacques Stuart, roi d'Ecosse.
^4 MÉMOIRES DE StJLLY.
donné de terribles scrupules au feu cardinal son ôttcle , de qui il les tenait , et ne lui en donnait fias moins à lui même , parce qu'il y en avait dont on aVâit dépouillé les familles qui en étaient légitimes propriétaires , et son éminence s'imaginait satisfaire à ce qu'il leur devait , et aux remords dé sa conscience pour lui et pour son oncle , en 1(^ lëur retliettant après sa mort. Il n'avait plus rien de nouveau à tne dire , lorsque son médecin entra dafas sa chambre. Duret ' , car c'était lui-méiîie , ayant rècoilimândé le silence à son malade, se chargea dé ni'entretenir sur tous lès secrets dû cardinal, dont il possédait la confiance, et s'en acquitta en homme fort éloquent, c'est-à-dire qu'il m'etlnuya long-temps. Je né répondis à ses longs discours (Jùe par une pi*omesse réitérée de servir son éininence:
Trois jours qiie je passai à Paris suffirent peut* me mettre au fait des liaisons dangereuses du conlte d'Auvergne, de d'Ëfatragùes et de sa femme. Lteur maison était le rèndeZ'Vdus de tout ce qtiè le roi avait d'ennemis, soit dans la Ligue, soit dâtils le parti espagnol. Il ne se passait point de iluit qu'il ne s'y tînt des conseils secrets contre l'intérêt et le service dû roi. En attendant que j'eusse coti^ féré avec sa majesté sur les moyens de détruire cette méchante cabale , je représentai à MM. de
' LquIs Duret , seigneur de Chévry.