LIVRE SIXIÈME. qS
Chivemy \ de Pont -Carré, de Bellièvre et de Maisse , qu'ils ne pouvaient éclairer de trop près toutes les démarches de ces brouillons , et j'en chargeai plus particulièrement Maisse, dont je connaissais l'activité.
Je donnai ensuite une attention particulière à l'affaire des jésuites , dont le procès était actuellement porté au parlement, et vivement poursuivi par l'université et les curés de Paris , qui les accivsaieht d'avoir attiré à eux toute l'instruction de la jeunesse et la directioii des consciences , les représentaient comme une société pernicieuse à l'état, et prétendaient la faire bannir comme telle dé toutes les terres de France. Il n'était rien moins qu'assuré que tous ces adversaires de la société remportassent sur elle le trittniphe qu'ils se pro* mettaient , quand même l'autorité du roi ne serait pas intervenue. Les jésuites avaient puissamment agi dans cette occasion , et la partie était déjà si bien liée, que, sans compter le pape, l'Espagne et leurs partisans dans la Ligue , qui n'étaient pas en petit nombre, ils se trouvaient forts de la moitié du parlement , qui faisait ouvertement des brigues en leur faveur. La cause était remise entre
' Philippe Hurault de Chiverny ou Cheverny, chancelier de France; N. Camus de Pont-Carré, maître des requêtes; Pomponne de Bellièvre ; André Hurault , sieur de Maisse ; il fut nommé ambassadeur à Vçnise l'année suivante.
g6 MÉMOIRES DE SULLY.
les mains des avocats les plus accrédités du barreau 5 Duret-et Versoris ^ pour les jésuites, Arnaud et DoUé pour leurs adversaires, et l'on ne s'entretenait d'autre chose dans Paris que deux factions si puissantes partageaient.
Je, me représentai tout ce que m'avait fait envisager le cardinal de Bourbon , qu'il n'y avait point d'extrémité à quoi ces religieux ne se portassent, ^ on les chassait du royaume, soit par vengeance, soit par l'espérance d'obliger à révoquer leur bannissement ; qu'ils pouvaient faire soulever par leurs intrigues une partie de l'Europe ; qu'ils sauraient bien faire regarder cette persécution contre eux comme une injure faite à la religion même, et jeter sur le roi le soupçon d'être encore intérieurement attaché à celle qu'il venait de quitter , ce qui, dans la circonstance présente, pouvait produire un fort mauvais effet , Clément VIII n'ayant encore pu se résoudre à accorder l'absolution qu on
* La cause fut plaidée à huis clos, le i8 avril iSgA. Arnaud parla pour Tuniversité, Dollé pour les curés, et Duret, en peu de mots, pour les jésuites. Il y avait déjà contre eux, de la part des mêmes parties , un procès pendant depuis trente ans au parlement, au sujet de leur établissement dans le royaume. Au lieu d'un arrêt déOuitif , le parlement en rendit un par lequel les requêtes de Tuniversité et des curés de Paris furent jointes aux pièces de ce premier procès, pour être jugées ensemble, ce qu'il fut facile d'empêcher qu'on ne fît. De Th9Uy liv. iio ; Hist.de Vunwersité de Paris ^ t. 6, p. 866.