‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 3)Chapitre 6 sur 239 · LIVRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME

connaissance des propositions que. lui , Mendoce y avait fait faire au roi, il y avait déjà long- temps en Béam, par le commandeur Moreau et le vicomte de Chaux. Cet Espagnol , qui s'appelait Ordofiès ou Nunès , avait été domestique de d'Entragues, et avait passé de chez lui au service de Mendoce. D'Entragues entretenait commerce par son moyen avec l'ambassadeur espagnol près de la Ligue. Voilà ce que je compris sur le chapitre de cet homme par le récit vrai ou faux que m'en fit d'Entragues. Je ne me fiais pas beaucoup à cet émissaire espagnol , et guère plus à d'Entragues, dont je connaissais l'esprit brouillon. Je le reçus assez sèchement, parce que je ne doutai point que tout ceci ne fut un manège des Espagnols ; mais d'Entragues parut si scandalisé que je soupçonnasse sa fidélité , et ajouta tant de choses sur la bonne foi de son Nuùès , que je consentis qu'il me l'amenât le soir de ce même jour. Le roi, à qui je donnai avis de la visite de d'Entragues , en eut la même opinion , et m'ordonna pourtant d'écouter l'envoyé.

D'Entragues ne manqua pas de revenir, accompagné de l'Espagnol, qui, après bien des discours assez vagues sur la joie qu'on avait eue à la cour d'Espagne de l'abjuration du roi , et des protestations infinies de bonne volonté que je n'avais pas Ueu de croire fort sincères, me dit enfin

lO MÉMOIRES DE SULLY.

qu'il était chargé de proposer au roi le mariage de l'infante ^ , avec quelques autres articles , sur lesquels il me déclara qu'il lui était défendu de s'expliquer avec d'autres personnes que le roi luimême, auquel il me pria de le présenter. Henri ayant voulu l'entendre, je dis à Nunès, sans aucun détour, que, venant d'un endroit fort suspect, il achèterai l'honneur d'être admis à l'audience de sa majesté par quelques précautions contre sa personne, peut-être un peu humiliantes» Il ne trouva rien de trop dur. Je commençai par le fouiller moi-même, ensuite je fis faire une recherche exacte sur toute sa personne par deux de mes valets de chambre , dont l'un , qui était tailleur s'en acquitta complètement. Il ne fut pas plus tôt entré dans l'appartement du roi , que je le fis mettre à genoux, tenant ses deux mains dans les miennes. Il n'ajouta rien aux propositions qu'il m'avait déjà faites ; mais il parla de l'alliance des deux couronnes en termes si spécieux et si magnifiques , que le roi , qui , dans le commencement, l'écoutait à peine, ne put s'empêcher de goûter la proposition que lui fit l'Espagnol d'envoyer un homme de confiance, savoir de don Bernardin de Mendoce lui-même, s'il ne pouvait pas compter sur la vérité de tout ce qu'il venait de lui dire.

■ Claire-Eugénie d'Autriche, seconde fille de Philippe II.

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