‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 3)Chapitre 51 sur 239 · LIVRE SIXIÈME. lOI · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME. lOI

connaissance qu'il devait à sa bienfaitrice. La troisième, au cardinal de Bourbon, était écrite au nom de Loménie, secrétaire d'état, qui faisait savoir à cette éminence que le roi approuvait telle disposition qu'il ferait de ses bénéfices, et était prêt à la ratifier, en signant de sa main l'état qu'il lui en enverrait , pourvu qu'il ne s'y trouvât rieù de contraire aux canons, aux libertés et aux coutumes du royaume, l^e reste de la lettre était une assurance de sa protection et de son amitié ; et il lui donnait une preuve de sa confiance en faisant passer par ses mains les deux autres lettres qu'il venait d'écrire, et dont il avait la complaisance de lui mander le contenu. Je chargeai Dupeirat, à qui le roi donna ces trois lettres à porter à Paris , d'en rendre une de ma part au cardinal, où je l'ex- . hortais, par tout ce que je crus capable de faire impression sur son esprit, à se délivrer de tous ses chagrins domestiques.

Ces affaires étant expédiées , arrivèrent MM. de Biron, de Givry, de Saint-Luc, de Marivault, de Parabère , de Vignoles , de Fouqueroles et autres que le roi avait envoyés visiter ses travaux du jour précédent , et surtout deux mines qu'il avait fait ouvrir. Chacun en dit son avis, et chercha à faire honneur à ses connaissances. On ne s'accorda pas, et insensiblement il survint une dispute. Le maréchal de Biron , qui gâtait les bonnes qualités qu'il

XOa MÉMOIRES. DE SULLT.

avait pour la guerre par un air capable et un ton de supériorité qui le rendaient toujours maître de la conversation, ne souffrait qu'avec peine qu'on se déclarât d'un sentiment contraire au sien.

Le roi, voyant que les paroles s'échauffaient, leur apprit, en leur imposant silence, qu'il venait de recevoir avis , par trois espions consécutifs et venus de différens endroits , que le duc de Mayenne et le comte de Mansfeld avaient résolu de tout tenter pour faire entrer un convoi considérable dans Laon, afin d'être dispensés de livrer bataille; et que ce convoi allait se mettre incessamment en marche, soutenu d'une escorte puissante, dans l'intention de passer sur le ventre à tous les corpsde^garde, de forcer les passages, et d'entrer dans la place assiégée. Nouvelle matière de contestation terminée à l'avantage de Biron, qui se fit nommer pour commander un détachement considérable , avec lequel il se posterait dans la forêt entre Laon et la Fère , et insulterait l'escorte avec le convoi. Il le composa lui-même , et prit douze cents hommes d'infanterie française, tous choisis, huit cents Suisses , trois cents chevau-légers , deux cents gendarmes , et cent gentilshonunes , presque tous de la maison du roi. Le roi me refusa plusieurs fois d'être de ce détachement , ayant encore, disait-il , plusieurs choses à savoir de moi : mais je

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