‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 3)Chapitre 53 sur 239 · LIVRE SIXIÈME. Io · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME. Io

voya l'attaquer, et fit ses décharges avec tant d'ordre,- qu'elle les obligea de tenir le large. Ils eurent ordre de Biron de retourner à la charge par le flanc gauche, tandis que lui-même les prendrait par le flanc droit , qui était visiblement le moins périlleux. Le choc fut si terrible , que les fantassins ennemis furent contraints de se retirer, et de chercher, comme les quatre escadrons, un abri au milieu des charrettes, d'où ils ne laissèrent pas de se défendre. Pendant ce temps-là le bataillon espagnol s'était avancé de la queue à la tête, et il s'était mis en bataille de manière qu'il était soutenu de tous côtés par la cavalerie et par les chariots, et qu'il ne perdait pas le secours de son premier bataillon. Leur défense fut si vigoureuse , que les prières et les menaces du maréchal de Biron ne purent empêcher nos six cents hommes de cavalerie de se retirer du combat extrêmement affaiblis. L'infanterie française et suisse, qui prit leur place, trouva une égale résistance. Le combat, tirant en loïigueur, Biron songea qu'une action qui se passait si proche de la Fère pouvait donner le temps d'envoyer au convoi un secours considérable, pour peu qu'elle durât encore. Il ordonna donc , pour dernière ressource , que les cent gen^ tilshommes missent pied à terre; qu'ils joignissent à leurs armes, qui étaient l'épée et le pistolet, la pique (il en avait fait apporter quantité), et qu'ils

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remeuassent à la charge nos gens de pied , Fran-^ çais et Suisses , qui n'avaient .encore pu entamer les Espagnols. MM. de Guitry ' , de Montigny , de Marivault , de Trigny d'Arambure , de La Curée ^ de Lopes, d'Heures et autres, s'avancèrent de cette manière à la tête de trois cents fantassins , et Biron les suivit avec pareil nombre : je fus mis de cette seconde troupe. On se choqua si brusque» ment , que la pique et le fusil devinrent inutiles ^ et qu'on se battit corps à corps ^ et, pour ainsi dire , à la lutte.

Les Espagnols cédèrent enfin , et se sauverait dans les bois et sous les chariots , après avoir jeté leurs armes ^. Ce second refuge n'était plus sur pour eux. Nous les y poursuivîmes , et le carnage £at horrible , vu le nombre : il n'en demeura pas moins de douze cents sur la place. 11 y eut peu de prisonniers : ce qu'il y avait de personnes de

' Ce n'est pas Jean de Chaumont de Guitry dont il a été tant de fois fait mention dans l'histoire et dans ces mémoires. Il était mort dès Tannée 159a. Voyez son éloge dans de Thou, )iv. io3. Celui qui est nommé ici ne s*appelait ainsi , selon Cayet, que parce qu'il avait épousé riiéritière de cette maison. Chronologie noi*ennaire , liv. 4) page 2 3. Mais Cayet se trompe : lean de Chaumont laissa plusieurs enfans mâles qui portèrent les armes pour le service du roi.

■ La Curée, bon juge en cette matière, attnbuait cette défaite des Espagnols à leur coutume de se servir d*épées trop longues et de ceinturons trop coucfi. Vol. 89519, manuscrits dr la bibliothèque d^ Roi.

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