LIVRE SIXIÈME. IO
marque dans la cavalerie eut le temps de regagner la Fère, où nous n'eûmes garde de les poursuivre, non plus que ceux qui s'enfoncèrent dans le bois , dans la crainte d'être surpris en désordre par de nouvelles troupes qui pouvaient venir de la Fère à leur secours. Nous ne songeâmes au contraire qu'à nous rallier et à nous tenir sur nos gardes pendant le temps nécessaire pour nous reposer et nous repaître avec les viandes cuites qu'on trouva en abondance dans le convoi; après quoi nous regagnâmes toute la nuit le camp , où nous ame<^ nâmes, sans trouver aucun obstacle, tout le bagage des ennemis ; mais si pillé par le soldat , et si peu ménagé, malgré l'ordre du commandant, qu'il y eut plus de quatre cents chevaux de guerre ou de bagage estropiés.
Avec ce même air avantageux que le maréchal de Biron avait pris pour se faire donner le commandement dans cette expédition , il se présenta au retour de sa majesté pour recevoir les louanges dues à son succès. Ayant une si belle matière à parler de lui , on imagine sans peine tout ce que put dire à l'avantage de sa victoire un homme qui ne connut jamais de quel mérite est le silence en ces occasions. On eût dit , à l'entendre , qu'il venait de mettre ^n ce moment la couronne sur la tête du roi. L'expérience a montré que cette fierté un peu fanfaronne , qui , par elle-même , est assez
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dans le goût français , réussit ordinairement à ungénéral qui a des Français à conduire : avec eux il semble que c'est avoir beaucoup fait pour la victoire que de paraître sûr de la remporter. Le roi ne l'ignorait pas; et il en avait éprouvé de si heureux effets dans ces occasions hasardeuses où il semble que le soldat ne cherche que sur le visage et dans les paroles de son chef l'idée qu'il doit prendre du danger présent, qu'il s'en était fait une habitude. A son exemple, cet air était devenu celui de tous les officiers généraux : et , . comme il arrive toujours, plusieurs d'entre eux, mais particulièrement le maréchal de Biron, l'outraient jusqu'à en être insupportables aux autres , et au roi lui-même , qui n'était pas le moins indulgent.
Les caresses dont sa majesté combla ce maréchal et ceux qui l'avaient suivi donnèrent beaucoup de jalousie aux courtisans qui n'avaient point été de la partie , et achevèrent de perdre Biron. Cependant il ne put jamais obtenir le gouvernement de Laon , qui était le but de son affectation à élever à tout propos sa dernière action, et à en rapporter toute la gloire à lui seul , comme si les autres n'y étaient entrés pour rien. Le roi s'en ouvrit à moi , et me parut à tous égards très-mécontent de ce maréchal. Sa majesté me dit qu'après tous les sujets de plainte que Biron lui avait don-