LIVRE SIXIÈME
nés , les menaces qu'il avait osé lui faire tout récemment de passer dans le parti de ses ennemis , et les liaisons actuelles qu'on venait de découvrir qu'il avait avec MM. d'Épernon et d'Auvergne, elle n'avait garde de lui confier une place aussi voisine des Pays-Bas que Laon, qui ne devait être donnée qu'à un ^ homme d'une fidélité à l'épreuve; mais qu'elle craignait que Biron ne gardât plus aucune mesure après ce refus, et qu'il ne prît ouvertement parti contre elle , ou , ce qui serait encore plus dangereux, qu'il ne demeurât auprès de sa personne pendant qu'il serait secrètement d'accord avec ses ennemis. Henri, qui dès ce moment était persuadé qu'un jour il aurait tout à craindre de Biron, ajouta qu'il s'était aperçu que ce maréchal me recherchait depuis quelque temps , sans doute dans le dessein de faire réussir le mariage de son frère avec mademoiselle de^Saint-Geniès ^, ma nièce, qui était un des plus riches partis de France; et il m'ordonna de me servir.de cette nouvelle amitié pour le faire parler et pour pénétrer ses desseins.
Le grand convoi ayant été défait, le roi continua sans obstacle le siège de Laon, jusqu'à ce qu'il
' Ce gouvernement fut donné à Marivault.
* Fille d'Élie de Gontault, seigneur de Badefou et Saint- Geniès, gouverneur de Béarn, vice-roi de Navarre, et de Jacqueline de Béthune> sœur de Rosny.
lui vînt de nouveaux avis que le duc de Mayenne et le comte de Mansfeld, loin d'être rebutés de ce mauvais succès , ne parlaient que de venir forcer les lignes des assiégeans aussitôt qu'ils auraient reçu quelques troupes qu'ils attendaient. Le ma* réchal de Biron traita ces avis de ridicules : mais sa majesté , qui ne négligeait rien , ne se tranquillisa là-dessus qu'après que Givry, qu'il envoya k la découverte, escorté de trois cents chevaux, et avec ordre exprès de ne point revenir sans une parfaite connaissance de la situation et des forces des ennemis, lui eut rapporté, au bout de trois jours , qu'il n'y avait pas encore une seule compagnie en-deçà de l'Oise , et que les Espagnols songeaient plutôt à reprendre la route de Flandre que celle de Laon. Le roi , se reposant sur la fidélité de ce rapport , fit partie dès le soir même d'aller dîner le leivdemain à Saint-Lambert, maison dépendante du domaine de Navarre, et située au milieu de la foret, où il se souvint qu'il était. souvent allé manger des fruits , du lait et du fromage frais, pendant le séjour qu'il fit en sa jeunesse au château de Marie, et qu'il se faisait encore un grand plaisir de revoir.
Nous l'accompagnâmes à Saint - Lambert au nombre de trente. Comme il avait passé une partie de la nuit précédente à visiter , selon sa coutume , les tranchées, les batteries et les mines, il s'en-