‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 3)Chapitre 57 sur 239 · LIVRE SIXIliME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIliME

capable de prendre la moindre résolution sei)sée , les ennemi!» ne surprirent personne , ce qui sauva peut-être l'armée entière du derilier malheur : car il faut avouer que, si la cavalerie ennemie, qui parut au même moment à la tetjs du camp, où elle se forma en escadron avec une extrême diligence, avait une fois jeté l'épouvante parmi le soldat , ce qui serait . arrivé presque indubitablement dans l'effet d'une première surprise, le roi et une partie des o£&ciers étant absens, il lui. aurait été facile , dans ce premier moment de confusion , d'enlever un ou plusieurs quartiers , et peut-être que la peur lui aurait livré tout le reste.

On pourrait donc s'en tenir à ce seul exemple , si l'on voulait prouver de quelle utilité il est pour un général d'armée, je ne dis pas seulement de posséder cette qualité de l'esprit qui fait embrasser tous les caj&j quoique infinis, mais de connaître par leur nom , leur o^pacité, leurs bonnes et mauvaises qualités, soit les officiers, soit les différens corps de son armée, d'en être connu à son tour pour celui de tous les officiers-généraux dont, la qualité de chef à part, ils viendraient, dans une conjoncture difficile, prendre l'avis, comme le plus sage, de le leur donner avec la fermeté, mais sans l'ostentation qu'inspire la certitude d'avoir rencontré ce qu'il y a de mieux à faire; de les atr II. 8

tacher à leur métier par goût , et de leur rendre la discipline douce, en ne les surchargeant ja* mais d'ordres , mais aussi en les accoutumant à ne jamais se dispenser, pour quelque sujet que ce puisse être, ni à rien diminuer de ceux qu'on leur a une fois donnés ; enfin de savoir se faire toujours et promptement obéir d'eux, sans leur donner cette timidité qui leur Ferme la bouche , lorsque, par un^rapport utile, ils pourraient aider les lumières de leur commandant; înconvéïuent qui de tout temps a perdu tant d'armées et de chefs.

Malgré la diligence dont le roi usa en cette occasion , si le général ennemi avait su profiter de tous les piomens , je crois qu'il aurait pu nous donner un échec considérable ; mais , connaissant à quel prince il avait affaire, il n'osa faire paraître la tête de son armée que tout le reste ne £ut sorti de la forêt , pour ne pas priver une partie du secours de l'autre , si le roi , instruit de sa marche , venait à sa rencontre avec toute la sienne. Il arriva encore que la marche de l'armée ennemie fut suspendue par un essieu de coulevrine qui se cassa au milieu du chemin et l'embarrassa. Les chariots fracassés dans la défaite du convoi, dont les débris étaient semés sur toute la route, avec les cadavres des hommes et des chevaux, lui causèrent un second embarras bien plus grand. Enfin celui que le duc de Mayenne avait envoyé reconnaître un

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