‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 3)Chapitre 58 sur 239 · LIVRE SIXIÈME. *Il · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME. *Il

lieu propre à asseoir son camp ne fit pas toute la dilîgenca qu'il aurait pu faire.

Tous ces retardemens furent soigneusement mis à profit par le roi. Il fit sortir de ses tranchées as^ez de monde pour les couvrir sans trop les dégarnir, et rangea le reste de son armée en bataille au-devant , lorsque les ennemis , n'espérant plus le surprendre, lui en eurent laissé le temps. On ne songea, de part et d'autre, tout le reste du jour, qu'à prendre ses avantages pour une bataille. L'intention des deux généraux ennemis n'était pourtant pas de la livrer. Ik craignaient l'ascendant du roi, et notre cavalerie, presque toute compo^ sée de gentilshommes. Tout ce qu'ils a\^ient prétendu par cette manœuvre était d'engager le roi à lever le siège de Laon pour venir à eux , et ensuite d'éviter le combat, ou du moins de faire entrer dans la place trois mille piétons et trois cents cavaliers, dans la confusion que leur arrivée devait causer; mais, comme on ne sut leur intention que par les prisonniers qu'on fit dans la suite , personne de nous ne douta qu'il n'y eût le lendemain une action générale : nos deux camps étant si proches , que nous entendions du nôtre le bruit de leurs trompettes et les cris de leurs soldats.

Au milieu du terrain qui nous séparait des ennemis, il y avait une colline unique, presque ronde, et qui me parut d'une extrême importance par

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rapport à la ville assiégée, si les ennemis s'en emparaient. Le roi, qui m'avait envoyé la reconnaître, me donna deux pièces de canon bâtardes pour y soutenir un régiment qui s'y logea et s'y retrancha par son ordre. J'y fis faire une cabane pour moi ; et le roi trouva tout en état lorsqu'il vint visiter ce poste. Le lendemain les ennemis, faisant une contenance encore plus fière que la veille , commencèrent une escarmouche avec toute leur mousqueterie, et s'attachèrent à se rendre maîtres d'un petit béis qui était entre les deux camps. Il y eut plus de cinquante mille coups de fusils de tirés, mais avec si peu d'effet , que Parabère , qui vint le soir souper sur ma colline, m'assura qu'il n'y avait pas eu vingt hommes de tués, ni deux fois autant de blessés. La nuit vint dans tout ce vacarme, et les généraux ennemis, qui ne pensaient à rien moins qu'à s'engager plus avant , en profitèrent pour faire sans bruit leur retraite vers la Fère. I^e roi les laissa s'enfuir, pour ne pas perdre de vue son objet ; il se contenta de la honte qu'ils remportercait de cette ridicule levée de boucliers.

Flir nu LIVRE SIXIÈME.

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