SOMMAIRE DU LIVRE SEPTIEME
MÉMOIRES de i594 — iSgS. Sujets de mécontentement de Henri contre le duc de Bouillon. Cause du voyage de Rosny à Sedan. Entretiens qu'il a avec Bouillon , dans lesquels il pénètre ses desseins et son caractère. Prise de Laon. Expéditions militaires en difTérens endroits du royaume , entre le parti du roi et celui de là Ligue. Desseins du duc de Mayenne sur la Bourgogne. Mort du cardinal de Bourbon, llort du surintendant d'O. Son caractte. Garfctère de la duchesse de Quise. L^ ducnle Guise fait son traité avec le roL Apologie de Rosny; sur ce traité. Serûces rendus à sa majesté par le duc de Guise. Caractère de Sancy, comte d'Allboust. Changemens dans le conseil des finances. Principes et réflexions sur la finance. Henri déclaré la guerre à l'Espagne contre le conseil de Rosny. Henri est lilessé par Jean Châtel : particularités sur cet attentat et sur le bannissement des jésuites. Motifs qui déterminent Henri à marclUr^èn Bourgogne. Rosny se. brouille avec le conseil des finances.- Désertion du comte de Soissons : insulte faite à Rosny par ses officiers. Campagne en Picardie : défaite des Français à Dourlens : mort de l'amiral de Villars. Campagne en Bourgogne glorieuse pour Henri IV. Journée de Fontaine-Française. Conditions sous lesquelles le j^^Se donne l'absolution à Henri. Conduite du cardinal (l'Ossat. HenH passe en Picardie ; pertes qu'y fait la France. Com||l9ir-dés grands du royaume déclaré au roi par le duc de MdnMeaiKr. Bouillon 6Bt envoyé à Londres. Jalousie et haine du cpDt^ des finaii^ contre Rosny.
LIVfeE SEPTIÈME.
Je ne séjournai presque fhîs au camp devant Laon depuis cet événement. Il survint des difficultés dans les traités , et surtout dans celui du baron de Medavy , qui m'obligèrent à faire , par ordre de sa majesté^itiBii voyage à Rouen, qui fut suivi d'un second 4 Palis , et d'un autre ]^s considérable que ceùt-ci à Sedan.
.Lé duc 4é^*fibuillon donnait chaque jour de nouveauie sujets de «lécontentement au roi. Il s'était Wgagé à sa majesté, lorsqu'elle lui fit épousMji^héritière de Sedan, de lui amener certain nombre de troupes. Non -seulement il ne s'était pas soucié de remplir son engagement , il avait efacore retenu près de lui celles que lui a^ait données le roi , pour garder sa frontière jusqu'à ce qu'il fut paisible possesseur de sa nouvelle principauté, sans en demander la permisÉRfea au roi; sans, s' excuser du moins de ce qu'il ne le»lui^ ren-' dait pas, sans même lui donner ftvis dé^l^bs^t de ses affaires. Son nouveau grad^ lui tf^^Ç Aspiré là vanité de se faire regarder de l'EuAqie comme im potentat redoutable. Ce qu'il ne^jpouvait espérer d'un état a|iiyi^£ïibre et aussi bSriftifr que le
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1 iiO t MliJMOlRES DE SL'LLY. ■
sien , il cherchait à se le procurer par toutes softes d'intrigues dans les cours voisines. Toiit ce qu^il y avait en Europe de brouillons et de mécontens , était sûr de trouver en sa personne un protecteur ; la cabale des d'Auvergne et des d'Entragues n'avait point de plus puissant mobile.
Un jour que le roi m'avait envoyé chercher de si grand matin qu'il était encore au lit, n'ayant près de lui que L'Ozerâi et Armagnac , et que nous cherchions enseinble les moyens de prévenir les complots de tant d'ennemis secrets, sa majesté s'attacha en particulier sur le duc de Bouillon ^t me parut pénétrée de son ingratitude , après un bienfait qui devait le lui attacher pour toujours. En effet , le roi avait donné à ce duc , en le mariant avec mademoiselle de Bouillon , unç.preuve d'affection d'autant plus sensible, qu*en cela il avait agi contre son propre mouvement et contre l'avis de presque tous ceux à qui il en avait parle- Le lendemain de cet entretien, Beringhen présenta au roi, à son coucher, un gentilhomme chargé' d'iiisië lettre de Bouillon, dans laquelle le duc/'fiË(j^t part à sa majesté de la mort de sa fenxill^èv»%Jt s'iextudait de son retardement sur la douliSwVI^JfcîS .dîibarras où l'avait plongé cette mort* B Ikii^faisait encore savoir que madame de Bouillon awt figdt, avant de mourir, un testament pfl^ tequel elle assui^l k^ son mari la prin-
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cipauté <kf Sedan et^ tous ses biens , et les mettait soi|s la protection du roi de France; parce qu'on ne doutait point que le duc de Bouillon ne fut inquiété sur cette donation par ; tes collatéraux. « Cela veut dire, me dit le roi, après avoir achevé a de lire la lettre, que M. de Bouillon a fort affaire « de moi ; n'est-il pas bien honnête ! »
Pour hmnilier et punir le duc , sa majesté fut fort tentée de le laisser démêler cette fusée tout sejil : mais le bon naturel de ce prince et le souvenir des anciens services du duc de Bouillon r^ipiportèrent encore. Il fit réponse au duc pour le complimenter sur la mort de la duchesse de Bouillon, et l'assurer de toute sa bienveillance. Si le roi avait pu compter que cette dernière marque d'amitié eût ramené pour toujours le duc de Bouillon à son devoir, la commission de celui que le roi envoyait à Sedan chargé de cette lettre se serait réduite à la remettre aux mains du duc, et la moindre personne aurait suffi pour cela; mais ce prince, accoutmné à n'obliger qu'un ingrat , voulut se servir de cette députq|^on à plusieurs fins. Il se tourna vers moi, et me dit qu'il . jugeait à propos que ce fut moi qui portât la lettre , parce que , si elle n'était pis cap^le de fixer Bouillon dans son devoir, les paroles d'un honune en droit de le lui représenter fortement pourraient peut-être, le faire, et que'y si l'un ne
servait pas plus que Fautre , il était nécessaM^e de pénétrer les secrètes intentions du duc, et d^^aminer de plus près le codicille et la donation prétendue de madame de Bouillon.
Cette ambassade me parut toute semblable à celle qui m'avait attiré la haine de Madame et du comte de Soissons ; et mon premier mouvement en la recevant en fut un de chagrin de ce que le service du roi ne m'attirait d'ordinaire que des affaires si dégoûtantes. Henri , qui devina une partie de ce qui se passait dans mon esprit , n'oublia rien de ce qu'il crut capable de diminuer l'amertume de sa commission. Il me dit que le succès qu'il semblait que la fortune avait attaché à toutes les affaires dont je m'étais mêlé , comme un prix qu'elle devait à ma fidélité , l'engageait à m'employer pré^ férablement à tout autre ; que rien de ce que je faisais pour lui ne se perdait dans son esprit , et qu'il me savait surtout très-bon gré de l'attention que j'avais à éviter ou à rompre toute liaison capable de refroidir mon zèle pour lui. Il m'embrassa tendrement en disant ces paroles; et il ajouta avec une bonté dont je fus pénétré qu'il me priait de songera ma sûreté, parce 'que j'avais à passer dans des lieux soulnis au pouvoir de la maison de Guise , et de me conserver soigneusement pour un prince qui m'aimaîL, Les princes qui s'y prennent de cette façon rie sauraient qu'être bien servis.