LIVRE' SEPTIÈME. Ii
J*étais alors heureusement assez bien pourvu tféBÇènt/en ayant fait venir.de Rosny et de Moret, où était mon épouse : ainsi je me trouvai èb état de satis&lre sans délai l'impatience que le roi avait de me voir partir. Trois heures après que feus reçu cet ordre, j'allai prendre mon équipage à Bruyères; et suivi de vingt-cinq cavaliers bien armés, j'arrivai sans aucune mauvaise rencontre en quatre jours à la vue de Sedan. Le duc vint au<*>devant de moi jusqu'au village de Torcy , qui fait la séparation de ce petit état d'avec la France, mît pied à terre , et prit un maintien triste pour recevoir mon compliment et lire la lettre du roi. Ensuite il me combla personnellement de civiktés, parut charmé du choix que sa majesté avait ait, et' pel*sista, malgré mes instances, à me traiter d'a]iS>assadeur. Je fus logé magnifiquemeiit , et toute ma maison défrayée. Il me montra avec une grande complaisance les fortifications quHl fisdssdt faire à son château de Sedan , aumoyen desquelles il s'assurait qu'il serait imprenable. Je n'en jugeai pas de même : toute là dépense qfti'y £Edsait le duc ne pouvant empêcher que cette place ne donnât beaucoup de prise par sa situation.
Le siège de Laon , dont le duc de Bouillon me demanda des nouvelles , nous donna, sujet d'entrer en conversation plus particulière. Après des
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assurances réitérées de son • attachement au roi , le duc me demanda si, après tant de sujets de plainte que sa majesté avait reçus des Pays-Bas espagnols , elle ne se déterminerait point à y porter la guerre , et me parla de ce projet comme d'une idée dont l'exécution était ce qu'il souhaitait le plus. II. s'étendit sur l'avantage de cette guerre , sur la manière dont on pourrait attaquer les provinces de Luxembourg, de Liège et de Namur, sur les intelligences qu'il avait pratiquées dans cette vue avec les principales villes de Flan* dre, et sur le puissant secours qu'il offrait d'y conduire. Je n'ai point de peine à croire qu'il eût travaillé de tout son pouvoir à faire réussir une guerre dont tous les fruits auraient été pour lui. Il s'en fallait beaucoup que le roi y eût le même intérêt ; ce beau projet n'était à son égard qu'une pure chimère. Aussi le duc, craignant qu'à la cour on ne le traitât de ridicule, n'oublia rien pour me le mettre dans la tête, en lui donnant les plus belles couleurs , et avec tout l'air de désintéressement capable de m'en imposer. Après donc avoir discouru sur la Flandre , il s'enfonça dans la politique, et déploya toute son éloquence pour me prouver que, l'intérêt principal du roi étant l'abaissement de la maison d'Autriche, il ne pouvait y parvenir que par le moyen des protestans , avec lesquels il devait être toujours étroite-r