LIVRE SIXiAmF. . II
Cette députation, à laquelle on voulait donner un air mystérieux, n'était pas trop de mon goût, et encore moins le choix que sa majesté fit pour ce sujet de La Varenne ' , homme plein de vanité. Le roi, à qui j'exposai mes craintes, crut sauver toute apparence d'engagement et de négociation avec r£spagne en ne chargeant La Varenne d'au*
' Il en sera encore parlé dans la suite de ces mémoires. Son nom est Guillaume Fouquet, celui de La Varenne lui vint du marquisat de La Varenne, en Anjou, qu'il acquit. Son premier office fat celui de cuisinier chez Madame ; il excellait surtout à piquer les viandes. S'il est vrai que cette princesse, le rencontrant un jour après sa fortnoe, lui dit : « La Varenne, « to as plus gagné à porter les poulets de mon frère ^à pic quer les miens, >> on en conclura que les moyens par lev|uels il s'avança auprès du roi son maître ne sont pa» di-s plus h^Hinétes. Il (ut fût porte-manteau de ce prince, ensuite concilier d'état et contrôleur-géoéral des postes, et boujoon f^^rt avant dans la familiarité de Henri IV, qui lui dmina des lettres de noblesse. La Varenne avant mis un gentilbofiinyr auprès de son fils : « Comment, Ini dît ce prince, donner ton fiU â tm ▼ gentilhomme, je comprends bien œ^a ; rr«ais dfmnft um ^eo- • tilbommc à ton fils, c'est ce 'rne je ne pu i^ compr^^nàtif, a Ofl raconte encore que, La Varenne avant obtenu cfrtacne :rriee do roi , le chancelier de BeUîevre lut fit qvu^u^ Oif^,<:n.V: ; La Varenae dît an cfaanrcliir : r MfHit^ifijr. ne vous en f^it^ pas V tant acrroire : je vecx Lien qœ ^oos v>dbie): qs^, si mMi «r aBaSlFe avait xm^-riaq aas de nmiits, je n^ d-f^iu^ft^is pas « iKiB f-|4i«i poBT le vôtre. > Vovee étA^d^l^i^ ^ ^-fmak,^
poee 3-^. parie de faadbaKri^ftde de La Var^sse en E^papie
L^ M3ÉMOIRES DE SULLY.
cun écrit, et en faisant servir de prétexte à son voyage le règlement de quelques limites sur la frontière d'Espagne. La Varenne n'eut pas plus tôt reçu son congé, qu'il fit parade de sa commission, trancha de l'ambassadeur, et se fit recevoir comme tel par Mendoce , qui de son côté enchérit encore sur les honneurs qu'exigeait La Varenne ; ce qui produisit l'effet que les Espagnols avaient en vue. On crut quelque temps en Angleterre et en Allemagne que Henri avait recherché l'amitié du roi d'Espagne, et rompu l'alliance avec les puissances protestantes; d'où l'on aurait peutêtre ^iu s'ensuivre une rupture éclatante , «i le roi n'avait promptement pris les devans pour les persuader du contraire.
Une dernière ressource sur laquelle on comptait dans la Ligue , et qui faisait qu'on reculait toujours l'accommodement et l'éloignement des Espagnols, c'est l'horrible résolution de poignarder le roi, qu'elle avait su inspirer à un petit nombre de gens déterminés, dont elle avait renversé l'esprit par l'attrait des pUis grandes récompenses, s'ils venaient à bout de leur entreprise; et, s'ils y succombaient, par l'espérance que leur action mériterait la couronne du martyre. La nature se révolte si violemment lorsqu'elle voit que ceux qui se vantaient d'être les soutiens de la religion font im abus si monstrueux de ce qu'elle