‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 3)Chapitre 62 sur 239 · LIVRE SEPTlikBlE. I · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTlikBlE. I

les catholiques avaient entièrement changé le cœur du roi à l'égard des protestans^et lui avaient fait conùnettre contre eux mille injustices. Ge grief des réformés ainsi établi , le duc voulut bien m'apprendre le remède que ceux-ci avaient jugé^.'. à propos d'y apporter. Ils allaient , me dit-il, fortifier incessamment leurs places; se choisir un chef hors du royaume; établir au-dedans un conseil général des affaires de la religion , dans un lieu qu'il ne nomma point , auquel toutes les différentes églises n'auraient qu'à s'adresser , et qui connaîtrait en dernier ressort des affaires qui seraient portées de dix autres conseils provinciaux , en quoi on partageait toute la France calviniste. Afin que le pouvoir de ce conseil souverain fut absolu et irréfragable, on mettait à la tête un protecteur ou prince étranger capable de le faire respecter. ^

En parlant de la sorte , le duc de Bouillon , suivant qu'il croyait avoir besoin de m'éblouir, de me convaincre ou de me tromper, prenait successivement le personnage d'ami et d'allié (lu roi, de bon protestant, ou de simple narrateur, mais toujours d'un homme consommé dans la politique , et le dépositaire de tout ce que le patii protestant avait de plus secret* Il ne put pourtant si bien s'envelopper, que je ne comprisse assez clairement que tous ces projets de haut et bas conseils,

laS MÉMOIRES DE SULLY.

ces régleniens si particularisés, pouvaient bien n'être éclos que dans le cerveau du duc, et non dans les synodes de Saint-Maixent et de Sainte-Foi, comme il voulait que je le crusse. Surtout ce prince étranger protecteur me parut être purement de sa façon , et n'être en effet que lui-même qui donnait ses. propres vues pour autant de points arrêtés; et tout son but en cela (. car quels ressorts l'ambition ne fait-elle pas jouer! ) n'était peutêtre autre chose sinon qu'en répandant à la cour ces desseins , comme si les calvinistes les eussent véritablement formés, et fussent prêts à les mettre à exécution , je fisse éclater le roi contre eux , et que par cet artifice il obligeât les huguenots à prendre la résolution qu'il souhaitait qu'ils prissent , mais qu'il n'osait leur inspirer ouvertement, de se choisir pour chef celui que les plaintes ef la haine des catholiques leur montreraient pour défenseur. Il n'est rien arrivé dans la suite qui ne m'ait encore confirmé dans cette pensée.

Après m'avoir ainsi fait servir à ses desseins , à ce qu'il croyait, le duc songea qu'il y perdrait plus qu'il n'y gagnerait, si le roi, dont il avait actuellement besoin, venait à en concevoir quelque soupçon à son désavantage. Il me garda pour la fin un trait de la plus fine politique : ce fut de m'assurer qu'à la vérité toutes ces propositions lui avaient été faites, mais que, loin de les approuver

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