‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 3)Chapitre 63 sur 239 · LIVRE SEPTIÈME. I · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIÈME. I

et de s'offrir à les seconder, il avait employé tous ses efforts pour ramener les esprit, «n quoi il avait eu le malheur de ne pas réussir. Je ne sais s'il est possible de rien imaginer d'aussi double et d'aussi artificieux. Certainement, si le duc de Bouillon pouvait se flatter que ces déguisemens ne me laisseraient rien connaître des affaires des protestans ni des dispositions des séditieux , il ne pouvait éviter du moins que je n'entrevisse quelque chose de ses sentimens particuliers à Tégard du prince qu'il trahissait.

Je ne répondis à un discours si détourné qu'en disant exactement la vérité; ce qui est le seul moyen de déconcerter ces politiques si curieusement masqués. Je l'assurai en peu de mots que le roi était toujours le même pour les réformés, prêt à leur accorder tous les avantages dont ils pouvaient raisonnablement demander à jouir ; mais que la conjoncture présente l'obligeait à différer encore quelque temps ce témoignage de sa bonne volonté. Que sa majesté n'avait oublié aucune des raisons de haine que l'Espagne lui avait données ; et qu'elle en conservait un vif ressentiment, quand il n'entrerait pas d'ailleurs dans l'intérêt général de l'Europe de mettre obstacle aux vues de la maison d'Autriche pour la monarchie universelle ; mais que , pour en assurer le succès , il fallait songer auparavant à pacifier le dedans du

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royaume, parce qu'on devait s'attendre que l'Espagne se défendrait tout autrement lorsqu'elle se verrait directement attaquée, qu'elle ne l'avait fait dans une guerre où elle n'était entrée que comme auxiliaire.

Pour ce qui regardait la personne de lui, duc de Bouillon, je lui fis entendre que je voulais croire tout ce qu'il m'avait dit de lui-même, parce qu'il devait sentir que les sentimens d'honneur, de justice, de reconnaissance lui marquaient trop clairement la voie par où il devait marcher avec le roi pour qu'il pût s'en éloigner. Il me refusa les troupes que je lui demandai pour Henri , et il se dispensa même de me donner lecture du testament de madame de Bouillon. Elle l'avait, disait-il, cacheté elle-même dans une boîte, et fait promettre qu'on ne l'ouvrirait qu'en justice; et supposé que quelqu'un le contestât , non contente d'une simple promesse, elle lui en avait fait faire serment. A tout cela il me fut fort aisé de comprendre que je n'avais fait que d'inutiles remontrances; mais ma commission était remplie, et je ne songeai plus qu'à reprendre la route de Laon.

En arrivant au camp, je fus surpris de rencontrer le roi qui, en allant à la chasse, passait si près des murs de cette place , qu'il n'en était qu'à une portée de fusil. J'appris qu'on avait mis bas les

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