‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 3)Chapitre 67 sur 239 · LIVRE SEPTIÈME. iZ · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIÈME. iZ

me tins à Paris pour en donner aussitôt avis au roi. Il mourut sans avoir fait cette destination de ses bénéfices ' qui avait paru lui tenir si fort au cœur. Sa majesté fut sensible à sa perte, comme à celle d'un bon parent et d'un serviteur plein d'affection. Elle m'écrivit qu'elle était accablée de gens qui convoitaient la dépouille du cardinal, et que , pour s'en défaire , elle leur répondait à tous qu'elle en avait déjà disposé. Voici quelles étaient ses vues sur ces bénéfices. Comme , dans l'accommodement avec l'abbé de Tiron, on lui avait cédé certaines abbayes appartenant au chancelier et au gouverneur de Pont-de-l'Arche , dont ceux-ci demandaient un dédommagement du doublé sur le bénéfice du feu cardinal, le roi voulait qu'on portât l'abbé de Tiron à relâcher ces abbayes aux propriétaires, et à recevoir en échange l'archevêché de Rouen , valant au moins trente mille livres de revenu ; mais que sa majesté chargeait de quatre mille écus de pension , promis au chevalier dX)ise^, retenant pour elle-même la maison de Gaillon, en

* Il était archevêque de Rouen , abbé de Saint-Denis , de Saint-Germain-des-PrésjdeSaint-Ouen, de Sainte-Catherine de Rouen et d'Orcamp, etc. De Thou nous le représente comme un prince aimant lés sciences , éloquent, doux et <fun esprit agréable, mais extrêmement faible. Il mourut le a8 juillet 1594.

* George de Brancas-Villars, frère de Tamiral de yillar&.

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duites, dans un temps où , les magistrats et les maîtresses étant exclus du conseil, il semble qu'elles auraient dû prendre une toute autre forme ; et ce qu'on trouvera de plus surprenant, c'est que le roi, dans ses plus grands besoins, ne put pas jouir du moins du privilège de partager ses propres revenus avec le surintendant. D'O s'embarrassait fort peu de lui faire manquer une ville ou un gouverneur , pour une somme souvent très - légère , pendant qu'il ne voulait rien refuser à ses plaisirs. Liéramont * , gouverneur de Catelet , s'adressa à moi pour solliciter auprès de d'O le paiement de sa garnison. Je trouvai la chose si importante , que je vainquis ma répugnance , et m'acquittai de ma commission, mais avec peu de succès. Le surintendant, après que je l'eus quitté , dit à MM. d Edouville et de Moussy ^ , qu'il aimait mieux voir cette place entre les mains des Espagnols que des protestans (Liéramont était de la religion). Mous»y, qui était mon parent , me l'ayant rapporté , je déclarai au surintendant que je le rendais responsable de cette place, si elle venait à être perdue faute de ce paiement ; il ne fit pas grand cas de ma menace.

Le bonheur du roi voulut que peu de jours après une rétention d'urine le délivrât de ce mau-

' François de Dampierre, sieur de Liéramont , ou Liermont. ' N.... sieur d*Édouville; N. Boutillier , sieur de Moussy.

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