‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 3)Chapitre 68 sur 239 · LIVRE SEPTIÈME. l4l · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIÈME. l4l

vais serviteur. Ce qu'il y eut de singulier dans cette mort , c'est que cet homme , riche de plus de quatre millions, ou, pour mieux dire, riche de tout l'argent du royaume , dont il disposait presque absolument , plus splendide dans ses équipages , ses meubles et sa table que le roi même , n'était pas encore abandonné des médecins , que ses parens qu'il avait toujours fort affectionnés ' , ses domestiques et quelques autres à titre de créanciers , le dépouillèrent comme à l'envi , et si parfaitement, que, long-temps avant qu'il expirât, il n'y avait plus que les murailles nues dans la chambre où il mourut, comme si la fortune avait cru devoir finir avec lui du moins par un acte de justice.

Le roi revint à Paris traiter d'ime trêve que le duc de Lorraine lui demandait instamment, et de l'accommodement du duc de Guise , qui l'en recherchait par la duchesse de Guise * , sa mère , cousine germaine de sa majesté, et par mademoiselle de Guise , sa sœur. On peut dire que le duc de Guise était , de tant de personnes qui avaient

' Il n'eut point d'enfans de Charlotte-Catherine de Ville-* quier, sa femme. « Henri IV jouant à la paume avec d'O, lui « fit remarquer que le marqueur volait leurs balles, et dit en- « suite tout haut : D'O , vous voyez bien que tout le monde «c nous dérobe. » Le Grain, liv. 7.

* Catherine de Clèves, femme du duc d« Guise, tué à Blois. Charles de Lorraine, duc de Guise.

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porté les armes contre le roi, celui qui méritait le plus d'indulgence. Aux motifs communs de relt^ gion et d'indépendance qui semblaient rendre tout permis, il joignait celui d'un père assassiné par ordre du roi prédécesseur de Henri. Madame de Guise fut celle qui le porta le plus fortement à £aire cette démarche. Elle ne cessait de représen^ ter à son fils que la révolte des princes et des grands du royaume, que la religion pouvait avoir justifiée dans le commencement , devenait crinai* nelle depuis que Henri avait levé le seul obstacle qui put l'empêcher de jouir de ses droits légitimes à la couronne.

Dans tout autre siècle, où l'on n'aurait pas perdu comme dans celui-ci la véritable notion des vertqs et des vices, cette femme aurait été l'ornement de son sexe par le caractère de son cœur et celui de son esprit. C'était une droiture si vraie et si naturelle , qu'on s'apercevait qu'elle n'avait i||às même l'idée du mal^ soit pour le suivre, soit pour le conseiller ^ et en même tanps un si grand fonds de douceur, qu'elle ne connaissait pas davantage le plus petit sentiment de haine, de malignité, d'envie , ou simplement de mauvaise humeur. Je ne crois pas que jamais femme ait eu une conversation plus remplie de grâces , et joint à un tour d esprit fin et délié une naïveté et une simplicité plus agréables. Ses reparties étaient pleines de sd

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