LIVRE SEPTIÈME. l
et de légèreté. On la trouvait tout ensemble douce et vive, tranquille et gaie. Le roi ne fut pas longtemps sans connaître parfaitement madame de Guise ; et dès ce moment non-seulement il oublia tout son ressentiment , mais encore il agit à son égard avec toute la familiarité et la franchise d'un ami sincère. Il consentit à donner les passe-ports nécessaires aux sieurs de la Rochette, Péricard et Bigot , que le duc de Guise envoyait proposer ses demandes ; et vaincu par les instances de ces deux daines , il nomma , de son côté , trois agens pour traiter avec ceux du duc, le chancelier de Chiverny, le duc de Retz, et Beaulieu-Rusé, secrétaire d'état.
Ces trois personnes, pour se montrer fins négociateurs, commencèrent d'abord à user de tous les détours que la politique des affaires a mis si mal à propos à la place de cette conduite franche e|| ouverte qui, sans tromper personne, produirait le même effet. On conféra pendant dix jours de suite , et au bout de ce temps on n'était point encore demeuré d'accord du moindre préliminaire. Madame de Guise, que toutes ces longueurs affectées mettaient à la torture , vint trouver le roi un jour que sa majesté me faisait l'honneur de s'entretenir avec moi , en me tenant par la main ; et ayant mis la conversation sur le traité de son fils , elle se plaignit au roi avec son enjouement
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ordinaire, mêlé d'un petit mouvement d'impatience, de ce qu'il lui avait mis en tête trois hommes, « qui allaient ,• disait-elle , par trois chea mins tous différens à ne rien conclure. Le pre- « mier, en ne disant jamais rien de plus précis <c que ces mots : Il faut voir y il faut as^iser^faia sons mieux ; le second en ne s'en tendant pas a lui-même, quoiqu'il parlât presque continuel- « lement; et le troisième, en ne sortant jamais « du ton grondeur. j> C'était là, en effet, le vrai caractère des trois négociateurs. Cette digne femme se laissant ensuite emporter à son zèle pour le roi , et à sa tendresse pour son fils , prit les mains de sa majesté; et, en les lui baisant malgré Henri, elle le conjura de vouloir bien tendre les bras au duc de Guise , et lui donner à elle-même la consolation de voir rentrer sa famillei dans les bonnes grâces de son roi. Elle parlait avec une effusion de cœur si vive , que le prince, touché lui-même jusqu'aux larmes , ne put s'empêcher de lui répondre : « Eh bien ! ma coûte sine , que désirez- vous de moi ? je ne veux rien ce vous refuser. Rien autre chose, reprit-elle, sinon a de nommer pour traiter avec mon fils celui « que votre majesté tient par la main. Quoi ! re- « partit le roi, ce méchant huguenot? Vraiment, « je vous l'accorde fort volontiers , quoique je « sache qu'il est votre parent , et qu'il vous aime