LIVRE SEPTIÈME. J
a infiniment. » Il ôta dans le moment même la connaissance de cette affaire aux trois commissaires, et m'en fit expédier un brevet scellé du grand sceau, non-seulement pour le regard du duc de Guise, mais encore pour toute la province de Champagne. On s'imagine aisément que le chancelier ne m'en sut pas meilleur gré; mais il est d'un vieux et fin courtisan de faire d'autant plus de caresses à ceux qui sont en faveur, qu'on leur garde dans le cœur un ressentiment plus vif; et Chiverny * savait mieux que personne être courtisan.
Le duc de Guise avait débuté par des propositions véritablement excessives, et qui auraient rendu son traité impossible ; sans doute parce que , connaissant ceux à qui on l'avait adressé , il avait cru que, pour pouvoir obtenir quelque chose, il devait demander beaucoup. Il ne prétendait pas moins que rentrer dans la charge de grand-maître de la maison du roi, qu'il eût fallu ôter à M. le comte de Soissons , qui en avait été pourvu après l'assassinat du duc de Guise ; posséder le gouvernement de Champagne, aussi donné au duc de Nevers; jouir de tous les bénéfices du cardinal de Guise , son oncle , et en particulier de l'archevêché de Reims, actuellement entre les mains
' Philippe Hurault de Chiverny, chancelier de France, mort en 1599, âgé de soixante-douze ans.
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l46 MÉMOIRES DE SULLY.
de M. du Bec , parent de madame de Liancourt , maîtresse du roi. Il y avait encore plusieurs autres articles : mais ces trois-ci étaient ceux qui souffraient le plus de difficulté. Le duc de Guise, apprenant son changement de commissaires , se résolut sans peine à rabattre tout ce qu'il y avait d'outré dans ses demandes ; et il écrivit à madame sa mère et à ses agei;is de finir avec moi à des conditions raisonnables , et même à quelque prix que ce fut. Il avait depuis peu un nouveau motif de conclure au plus tôt , que j'ignorais absolument. Il avait découvert que la ville de Reims , qui était le plus beau présent qu'il avait à offrir au roi , voulant se faire un mérite de rentrer de son propre mouvement dans l'obéissance , faisait solliciter le reste de la province de s'unir à elle , et en avait déjà entraîné une partie. Le duc de Guise ayant voulu, pour prévenir cet inconvénient, y faire entrer une garnison, les Rémois lui déclarèrent qu'ils prétendaient garder leur ville eux-mêmes; et ce refus ayant causé une contestation , ils répondirent aux menaces du duc par d'autres menaces.
Dès la seconde conférence que j'eus avec les agens du duc de Guise , il ne fut plus question , ni de la grande maîtrise , ni du gouvernement de Champagne, ni des bénéfices; et, ces trois obstacles étant levés, je ne voyais pas qu'il restât