‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 3)Chapitre 8 sur 239 · LIVRE SIXIÈME. l · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME. l

a de plus sacré, qu'il faudrait effacer ce trait de toutes les histoires, si d'ailleurs l'on n'était sûr qu'il n'y a aucune des religions qui prennent le nom de chrétiennes qui ne s'indigne qu'on puisse* lui imputer d'autoriser un pareil dessein. On ne peut même sans crime en accuser ou un corps , ou un simple particulier, et l'on n'en a les preuves de fait les plus claires.

Le roi ne les eut * que trop fréquemment dans les voyages qu'il fit au sortir de Saint-Denis , à Châlons-sur-Marne , au fort de Gournay, à Brie- Comte-Robert, à Melun, et ensuite à Meulan et à Fontainebleau. Les moines surtout ont sur cet article une tache qu'ils n'effaceront pas facilement. Henri étant à Melun, pensa périr par la main des furieux qu'apostaient partout les jésuites et les capucins. Entre autres avis qui lui furent adressés sur ce sujet, il fut informé qu'un de ces scélérats était parti de Lyon^ dans le dessein de

' Cayet, Chronologie novenn.^ liv. 5, page 280, parle plus positivement de ces complots contre la vie de Henri IV. Morisot dit qu'un Flamand, nommé Avéniùs, vint à Saint-Denis dans le dessein de poignarder ce prince; que, voyant avec quelle dévotion il assistait à la messe, il se jeta à ses pieds, et lui demanda pardon; mais qu'ayant récidivé, il fut roué en 1693. Chap. 33.

* Pierre Barrière, ou La Barre, batelier d'Orléans. Davila rapporte ce fait un peu différenunent, liv. 4- Les Mémoires de

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venir le chercher pour l'assassiner. Heureusement, avant de partir, il exposa dans la confession son dessein à un prêtre , qui , effrayé de cette frénésie, en avertit un gentilhomme (ie Lyon *. Celui-ci partit précipitamment pour prévenir le meurtrier, et le désigna si bien au roi, sur le portrait que lui en avait fait le prêtre, qu'il fut reconnu à Melun au milieu de la foule : il confessa son crime, et en reçut le châtiment. Le roi était confus pour ses ennemis mêmes d'une méchanceté qui découvrait si bien le fond de leur cœur. Il se trouvait également alarmé de toutes ces entreprises sur sa personne, et gêné des précau-

la Ligue chargent grièvement en effet un jésuite de Paris et un capucin de Lyon, sans nommer ni l'un ni l'autre. De Thou dit formellement, liv. 107, que ce jésuite était le 'père Varrade, recteur du collège de Paris, et invective à cette occasion d'une manière sanglante contre toute cette société. Mézerai , liv. 62 , en parle dans les mêmes termes.

' Ce fut le père Séraphin Banchi qui découvrit ce complot, et le gentilhomme qui partit de Lyon pour en avertir Henri IV, et qui reconnut Barrière i\ Melun, s'appelait Brancaléon. Chronoi. novenn. , ibid. Henri IV, parlant de cet attentat au père Matthieu, son historien, lui dit que ce scélérat se trouva trois fois dans l'occasion de le tuer à la chasse, en cueillant des fruits d'un .arbre, et dans l'église de Saint-Denis , et que Barrière, aussi-bien que Clément, était convenu avec ses complices d'envelopper dans son accusation une infinité àe personnes innocentes, et en particulier plusieurs princes et seigneurs de France. Matthieu, tome a, liv. i, page i5o«

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