LIVRE SEPTIEME
beaucoup de difiBcultés. J'avais proposé au roi ridée qui m'était venue, de tirer le duc de Guise de la Champagne, et de le transporter en Provence, dont on lui donnerait le gouvernement pour récompense, afin que, son propre intéi^èt l'unissant dans cette province avec LesdiguièrSs et d'Omano, qui y soutenaient le parti du roi contre d'Épemon, on y fit tomber une bonne fois la puissance de ce redoutable sujet. Le roi y avait donné les mains d'autant plus volontiers, qu'il jugea par la manière dont la maison de Guise agissait avec lui , qu'il pouvait faire fond sur sa fidélité ; et il m'ordonna de finir sur ce plan. J'en fis la proposition aux agens du duc ; et , sur un commandement réitéré de sa majesté , je m enployai si diligemment à convenir de tout le reste , que dès le lendemain au soir le traité avec le duc de Guise fut conclu, et signé de moi au nom du roi , de madame de Guise , et des trois commissaires du duc pour lui.
Le lendemain arrivèrent à Paris six députés de la ville de Reims, qui furent adressés chez moi. Us me dirent que le roi pouvait s'épargner la peine de donner de grandes récompenses au duc de Guise , parce que non-seulement il n'était plus le maître de la reddition de Reims , mais encore que ceux de Reims offraient de le livrer lui-même au roi. Us ne demandèrent point à parler à sa
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majesté : ils dirent seulement qu'il leur suffisait d'avoir son aveu par écrit, ou simplement le mien , se remettant au roi de leur accorder après telle récompense qu'il jugerait à propos. Tout ceci fut accompagné, de la part des six députés, de l'offre d*un présent de dix mille écus pour moi , suivant l'usage. Je refusai le présent, que je ne voulais ni ne pouvais plus accepter. Je les remerciai au nom du roi de leur bonne volonté, et je les assurai qu'il en recevrait le témoignage avec plaisir. Je remis à leur rendre réponse après que j'en aurais conféré avec sa majesté, à qui j'allai incontinent rapporter le tout. Le roi fit sortir tout le monde de son petit cabinet où il était en ce moment, excepté Béringhen, et m'écouta en se promenant, en se grattant la tête , et en souriant par réflexion sur l'inconstance et la légèreté naturelle du peuple. Ensuite il me tira vers la fenêtre , et me demanda à quel point j'en étais avec le duc de Guise, Dès que je lui eus appris que le traité était consommé, il ne balança point s'il l'observerait; mais il ne voulut pas pour cela se montrer insensible à l'affection de la ville de Reims. Je lui amenai les députés , qu'il remercia en roi. Il leur accorda une gratification considérable , et d'un air si gracieux, qu'ils s'en retournèrent pleins de joie et d'admiration.
Le traité du duc de Guise ayant été, selon la