‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 3)Chapitre 72 sur 239 · LIVRE SEPTIÈME. l · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIÈME. l

forme ordinaire , signé de Gêvres * pour le roi , madame et mademoiselle de Guise demandèrent à sa majesté la permission qu'il vînt lui-même l'assurer de son obéissance. Je lui écrivis de ne point chercher d'autre sûreté que cette permission méine : il n'en fit aucune difficulté. Il ramassa le plus qu'il put de ses amis , et il vint se jeter aux genoux du roi avec les marques d'un repentir si sincère, que le roi, qui lisait dans le fond de son cœur, au lieu de reproches, ou d'un silence plus accablant en ces occasions que les reproches mêmes , ne s'attacha qu'à le rassurer. Il l'embrassa par trois fois, l'honora du nom de son neveu , lui fit mille caresses; et, sans éviter ni affecter de rappeler le passé , il lui parla du feu duc de Guise avec éloge. Il dit qu'ils avaient été fort amis dans leur jeunesse, quoique souvent rivaux auprès des dames ; que les bonnes qualités du duc , et une grande conformité d'inclination , les avaient tous deux unis d'aversion contre le duc d'Alençon. Un ami qui cherche à se raccommoder avec son ami après une légère brouillerie ne pourrait rien faire de plus , et tous ceux qui furent témoins de cet accueil ne pouvaient assez admirer qu'un roi qui avait tant de qualités pour se faire

' Louis Potier de Gêvres, secrétaire d'état. De lui est desr cendue la branche de Gêvres, et de Nicolas Potier de Blancmenil , son frère aîné , celle de Novion.

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craindre n'employât jamais que celles qui font aimer.

Le duc de Guise, que ce discours acheva de gagner, répondit au roi qu'il n'oublierait rien pour se rendre digne de l'honneur qu'il faisait à la mémoire de son père, et des sentimens qu'il témoignait pour lui-même. Il sut si bien le convaincre que son respect et son attachement seraient désormais inviolables , que dès ce moment ce prince , oubliant tout ce qu'un autre en sa place aurait appréhendé du rejeton d'une maison qui avait fait trembler des rois , vécut avec lui fa- ^ milièrement , et-^l'admit dans toutes ses parties de plaisir avec les autres courtisans; car tel était le caractère de Henri , que l'extérieur grave dont la majesté royale semble imposer la nécessité ne l'empêcha jamais de se livrer aux plaisirs que l'égalité des conditions répand dans la société. Le vrai grand homme sait être tour à tour , et suivant les occasions , tout ce qu'il faut être , maître ou égal , roi ou citoyen. Il ne perd rien à s'abaisser ainsi dans le particuUer, pourvu que hors de là il se montre également capable des affaires militaires et politiques : le courtisan se souvient toujours qu'il est avec son maître.

Madame de Guise étant entrée quelques jours après dans la chambre du roi , et dans le moment que son fils présentait la serviette à sa majesté.

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