‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 3)Chapitre 74 sur 239 · LIVRE SEPTIÈME. l · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIÈME. l

mais encore si bien connu, que les rebelles de Bourgogne désespérassent de pouvoir jamais lier aucun commerce avec lui. J'y joignais , à l'égard de la Provence , le motif du duc d'Épemon , dont j'ai déjà touché quelque chose. Je rappelais au roi, en peu de mots, tous les sujets de plainte que cet homme lui avait donnés : sa révolte presque continuelle , ses brigues pour détacher tous les catholiques du parti de sa majesté, la manière dont il s'était hautement vanté qu'il ne reconnaîtrait jamais aucun supérieur dans son gouvernement , son dernier procédé au siège de Villemur , et tant d'autres endroits qui assurément n'embelliront pas l'histoire de ce sujet orgueilleux. C'était un chef de la Ligue auquel on en opposait un autre, que mille motifs, outre celui de son intérêt personnel , qu'on doit toujours regarder comme le plus puissant , jetaient dans un système tout contraire à ses premières vues.

Je passais ensuite à la personne du duc de Guise, sans m'arréter sur les ordres que sa majesté m'avait donnés à ce sujet , ni sur le danger d'un long délai. Quand même le traité fait avec le duc n'aurait pas été aussi avantageux au roi qu'il était facile de montrer qu'il l'était, sa majesté avait-elle dû agir à toute rigueur avec un homme qui avait refusé constamment les offres et les , promesses 1^3 plus flatteuses de la part de l'Espagne , des ducs

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de Savoie et de Lorraine , et de tous les ennemis de l'état ' , pour le porter à soutenir une guerre , laquelle, quelque peu quelle eut duré, aurait beaucoup plus incommodé le roi que tout ce qu'il accordait au duc de Guise? Je veux encore qu'on compte pour peu de chose d'avoir gagné un homme que son nom et sa naissance pouvaient mettre à la tête d'un parti puissant; quelque chose qu'en disent ses ennemis et les miens, je leur accorde même, s'ils le veulent, que ce seigneur n*ait fait après tout qu'un sacrifice frivole de prétentions injustes et incertaines. Enfin mettons tout au plus bas, et n'envisageons rien ici qu'une pure générosité du roi : il s'attachait par là non un homme seul, mais une maison entière, recommandable par ses alliances, ses biens et son crédit: peut-on appeler cela une générosité perdue? . Le roi fut frappé de ces raisons , et me parut surpris de me voir si exactement informé sur le chapitre de d'Épernon. Il ne jugea pas à propos que cet écrit fut rendu public, parce qu'il était rempli de vérités que le temps n'était pas encore venu de révéler. J'y consentis sans peine , parce que je me suis toujours fort peu embarrassé des

' Le duc de Guise était malvoulu de la Ligue, surtout depuis quen dernier lieu il avait tué de sa main, dans une émeute, le sieur de Saint-Paul, son lieutenant, en Champagne, fort aiïectionné à la Ligue.

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