LIVRE SEPTIÈME. l
efforts de l'envie, espèce de maladie incurable. Je puis dire que toute la conduite du duc de Guise dans la suite me servit d'une meilleure apologie encore. Il commença son gouvernement par ime déclaration si nette et si précise de ses sentimens , qu'il ôta toute espérance aux factieux de pouvoir jamais le tenter. Il se porta en toutes rencontres au service du roi et au bien de l'état avec autant de fermeté que de prudence. La réduction de Marseille ' , qui a passé avec raison pour un wup des plus habiles dans ce genre , fut son ouvrage. Aidé de Lesdiguières et de la comtesse de Sault, il battit et réduisit si bien l'orgueilleux d'Épernon, qu'il mit enfin un frein à son humeur mutine, et
* Cette ville était sur le point d*être livrée au roi d'Espagne par deux de ses bourgeois, nommés Charles Cassault et Louis d'AiXy lorsque le duc de Guise trouva le moyen de s'en rendre le maître, d'intelligence avec Pierre et Barthéicmi Libertat, frères, aussi bourgeois de cette ville. Ils tuèrent Cassault, battirent les troupes du parti espagnol^ et donnèrent entrée par la porte Réale au duc de Guise, qui acheva cette entreprise avec beaucoup de conduite. (Voyez de Thou, liv. ii6 ; (fj^U" bigné, t. 3, liv. 4? chap. 12, etc.) Henri IV, apprenant la réduction de Marseille, dit : « C'est maintenant que je suis roi. » Dans la campagne suivante, le duc de Guise montra beaucoup de valeur en poursuivant les Espagnols à Gray, et tua de sa main un cavalier des ennemis qui lui fit un défi : Henri IV l'embrassa, et dit ces belles paroles : « Il faut que ceux qui « trouvent de vieux exemples de vertu devant eux les imitent « et renouvellent pour ceux qui viennent après eux. « P. Matthieu y tome 2, liv. i, page 192.
t56 mémoires de sully.
qu'on vit cet esprit intraitable obligé de se niettre
à la merci du roi, et devenir un des plus assidus
courtisans.
Je suis prêt à rendre justice au duc d'Épernon, et je le fais de bon cœur. On me trouvera toujours le premier à appuyer sur les services qu'il rendit , soit de sa personne , soit de ses troupes , à Limoges, à Saint-Germain, à Villebois ', à Chartres, à Boulogne , à Montauron , à Antibes , et même , si on le veut, à Villemur. Je suis fâché que la nécessité du sujet me jette dans une discussion qui peut rabattre des sentimens qui lui sont honorables ; mais enfin , puisque c'est ici un endroit qu'on ne peut ni cacher, ni déguiser, que peut-on penser de sa manière de se comporter en Provence? c'est assurément bien ménager sa réputation et lui faire grâce que de mettre tout sur le compte de sa catholicité. Ses panégyristes , qui ont tout fait retentir des éloges de ses moindres actions, devaient être un peu plus modérés sur tant de témoignages si marqués de désobéissance et de révolte, ou commencer par bien établir qu'un sujet peut , sans être reprochable, manquer à son roi et à sa patrie , brouiller et renverser tout au gré de son ambition, et mettre la violence à la place du droit.
' Voyez sur chacune de ces actions V Histoire de la vie du duc d' Epernon , imprimée à Paris en i665. Villebois est une ville d'Angoumois, qui porte aujourd'hui le nom de la FaUette.