LIVRE SEPTIÈME
yert de sang , et craignant , avec raison f que le coup n'eût porté dans la gorge. Ce prince nous rassura avec un air doux et tranquille, et nous vîmes bientôt qu'il n'avait en effet eu d'autre mal qu'une lèvre fendue. Le coup, ayant été porté trop haut, avait été arrêté par une dent qui en était éclatée. Le parricide fut découvert sans, peine, quoique caché dans la foule : c'était un écolier , nonuné Jean Châtel : il répondit aux premières questions qu'on lui fit qu'il sortait du collège des jésuites ; et il chargea grièvement ces pères. Le roi dit avec une gaîté dont peu de personnes auraient été capables en pareille occasion , qu'il savait déjà par la bouche de quantité de gens de bien que la société ne l'aimait point; qu'il venait d'en être convaincu par la sienne propre. Châtel fiit livré à la justice ' ; et les poursuites contre les jésuites , qui avaient été suspendues, ayant été reprises plus fortement qu'auparavant, elles ne finirent que par l'expulsion de tout cet ordre ^ hors du royaume. Le père Jean
' « Le sire Châtel , père du parricide , fut banni pour neuf « ans du royaume de France , et de la vicomte de Paris à tou- « jours y condamné à quatre mille écus d'amende ; sa maison « fut rasée, et au lieu d*icelle, une pyramide élevée, conte- « nant le discours de tout le fait. » L'Étoile , ihid. On croit que la petite place qui est devant les Bamabites est le sol de la maison de Châtel.
■ « Les jésuites sortirent de la ville de Paris, conduits par
lyO MÉMOIRES DE SULLY.
Guignâi|d fut pendu pour ses thèses criminelles contre l'autorité et la vie des têtes couronnées. Jean Gueret, Pierre Varade, Alexandre Mayus, François Jacob et Jean Lebel, autres membres de la société, suspects de complicité, furent condamnés à faire amende honorable , et à être ban- ♦uis à perpétuité.
Le roi n'en fut que plus animé à poursuivre la guerre contre TEspagna II tira un favorable augure du succès qu'eurent les premiers actes d'hostilités. Les troupes lorraines, aussitôt après leur traité avec la France , s'étaient répandues d'ellesmêmes dans la Bourgogne, sous la conduite de Tremblecourt et de Saint-George % et y avaient jeté la terreur. D'un autre côté, la garnison de Soissons, place toute dévouée à la Ligue, ayant à sa tête Conan et Bellefond ^ , fut défaite presquç entièrement par Moussy', d'Édouville, de Beyne et de Gadancourt, lieutenant de ma compagnie*
« un huissier de la cour. Ils étaient trente-sept , desquels une « partie dans trois charrettes , et le reste à pied ; leur procu- « reur était monté sur un petit bidet, etc. » L* Étoile , ibid.
Les jésuites furent détruits de nouveau en France, etc., par arrêt de la cour, en 1764. (Note de l'Éditeur.)
' N. d'Aussonville , sieur de Saint-George, et Louis de Beauveau, sieur de Tremblecourt, geatilshonçxnes lorrains.
* Bernardin Gigault de Bellefond.
' Le i5 février, dans les plaines de yillers-Cott«rets.