‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 3)Chapitre 83 sur 239 · LIVRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIÈME

Le duc de Montmorency ' , pour se rendr6|[^igne de la charge de connétahjie dont il venait d'être revêtu, était allé fondre dans le Dauphiné , le Lyonnais et la Bresse , avea wn corps de quatre mille hommes d'infanterie, et quatre cents chevaux très-aguerris, avait chassé ce qui y restait des troupes des ducs de Savoie et de Nemours , pris Vienne par composi-, tion sur Dizimieux, qui en était gouverneur pour le duc de Nemours , et ensuite Montluel Le paaréchal de Biron, après l'expédition de Beaune, s'était rendu maître de Nuits , d'Autun et de Dijon *. Le duc de Bouillon , qui était allé se mettre à la tête des troupes sedanoises , aussitôt après la déclaration de guerre, était entré dans le Luxembourg, où, avec le secours du comte Philippe de Nassau , il avait défait huit ou dix partis de cavalerie , conduits par Mansfeld.

Henri ne douta point qu'en unissant tous ces petits corps d'armées en un seul, il ne fut en état de faire trembler la province où il le coaduirait. Il est vrai qu'après cela on cessait de faire tête partout comme auparavant; mais l'avajatage que sa majesté espéra retirer du premier dessein le lui fit préférer. Ayant à choisir entre la Picardie, la

' Henri II, fils du connétable Anne de Montmorency. Il fut fait connétable en iSgS.

* Voyez toutes ces différentes expéditions en Bourgogne , clans deXhou et d'Aubigné, année iSgS,

ï'JOl MEMOIRES DE SULLY.

Champagne et la Bourgogne, ce prince se détermina pour la Bourgogne, où MM. de Mcmtmo»rency, de Biron et de Sancy lui donnaient espérance de plus grands succès. Voyons quels étaient les motifs secrets de ces trois personnes.

Le connétable de Montmorency avait pris l'alarme des grands préparatifs qu'il voyait faire à l'Espagne en Lombardie , où le connétable de Castille avait eu ordre d'abandonner le Milanais , quelque nécessaire qu'y fut sa présence , pour entrer en France, et y tenter quelque grand exploit après sa jonction avec le comte de Fuentes , général des troupes espagnoles dans les Pays-Bas r Montmorency craignait d'avoir toutes ces forces sur les bras. Le maréchal de Biron , qui était dansles mêmes quartiers, où, après s'être saisi de la» ville de Dijon, il s'était attaché au château de cette ville et à celui de Talant , tous deux très-forts , appréhendait aussi d'être obligé d'en lever le siège , s'il n'était secouru.

Quant à Sancy , il cherchait à se faire honneur de la conquête de la Franche-Comté , vers laquelle il poussait sans cesse le roi. Convaincu par son expérience du pouvoir de madame de Liancourt , il songea à lui mettre ce dessein dans la tête. Il n'était pas assez bien avec cette dame pour l'entreprendre par lui-même; mais il savait bien de quelle manière , en se tenant caché , on peut à la

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