‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 3)Chapitre 84 sur 239 · LIVRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIÈME

cour porter un adroit contre-^oup. Il fit glisser au chancelier de Chiverny, et par son moyen à une dame qui approchait madame de Liancourt , que le roi pouvait sans peine faire un riche apanage à son fils César : il ne s'agissait que de chasser les Espagnols de la Franche-Comté , et de lui en donner la jouissance , sous la souveraineté des Treize-Cantons , que leur intérêt portait à favoriser cette entreprise. Je suis sûr que madame de Liancourt ne se flatta pas de pouvoir faire entrer le roi dans une idée si ridicule , et qu'elle n'osa même la lui communiquer, quoique ce prince eût pour elle im si grand faible, qu'il n'était plus ignoré de personne; mais il n'en fallut pas davantage à cette dame pour se ranger du côté de ceux qui conseillaient à sa majesté le voyage de Bourgogne. Voilà quelle est la cour; et voilà comme on trompe les rois. Qu'*ils apprennent de là que , quelque idée qu'ils aient conçue de l'habileté ou de la sagesse de leurs ministres , il est toujours plus sûr de bien étudier, par rapport à chaque affaire,, le penchant, l'intérêt et les dispositions secrètes de ceux qui les approchent.

Pour remédier en quelque sorte à l'inconvénient de laisser la frontière de Picardie exposée aux efforts des troupes espagnoles qui étaient en Flandre , le roi , qui ne s'abusait pas comme les autres sur ces secours si puissans, promis par

l'Angleterre et la Hollande, laissa sur cette frontière MM. de Nevers , de Bouillon , de Villars et de Saint-Paul ' , à la tète chacun d'un détache* ment; leur enjoignit de se secourir dans le besoin, et ne leur recommanda rien tant que la bonne intelligence. En cas de réunion , le duc de Nevers fut celui que sa majesté désigna pour commandant. Il pourvut avec la même attention aux affaires du dedans , en établissant un conseil , lequel, outre les finances, devait connaître des traités à faire avec les provinces, villes et gouverneurs, des affaires de la guerre, et de l'administration du royaume.

Aussitôt que sa majesté se fut expliquée publiquement sur la formation de ce conseil , le comte de Soissons souhaita d'en être nommé le président, et commença à en insinuer quelque chose en présence du roi. Afin de lui faire oublier ce que j'avais fait pour traverser son mariage, je sollicitai pour lui ce titre plus honorable qu'effectif, et qui , suivant les apparences , devait être de courte durée: mais le roi, qui sentait croître de jour -en jour son aversion pour le comte, avait déjà jeté les yeux sur le prince de Conti, et s'en expliqua à son dîner devant toute la cour ; ensuite se tournant vers M. le comte , il lui dit que , connaissant

' François d'Orléans , comte de Saint-Paul , gouverneur d^ la province.

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