‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 3)Chapitre 85 sur 239 · LIVRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIÈME

que son humeur le portait tout entier vers la gperre, il le retenait près de sa personne pour cette campagne , et lui ordonna d'aller mettre en état sa compagnie de gendarmes. Le prince de Conti répondit par une profonde révérence, parce qu'il s'exprimait avec peine ; et le comte de Soissons en fit autant, parce que le dépit Tempêcha de parler : tout ce que lui disait sa majesté étant accompagné d'éloges de sa valeur , et d'un air de distinction dont il fallait faire semblant d'être content.

Les membres du nouveau conseil furent presque tous pris de l'ancien. On y ajouta trois intendans , Heudicourt , Marcel et Guibert : le nombre en fut dans la suite augmenté jusqu'à huit; en joignant à ces trois-ci Incarville, des Barreaux, Atichy , Santeny et Vienne, et un secrétaire, qui fut Meillant. Quoique le duc de Nevers n'y fût plus , le roi ne trouvait pas moins de difficulté à m'y faire entrer que dans le premier. Il ne l'osa d'abord , tant il avait d'égards pour les catholiques^ qui ne pouvaient souffrir un protestant en place^ Cependant il franchit le pas trois jours après; et la raisoii qu'il en apporta aux autres conseillers fut que la confiance que le prince de Conti avait en moi leur rendait mon association nécessaire par rapport à eux-mêmes.

Le chemin de sa majesté s'adonnant par Moret ,

je l'accompagnai jusque-là, moins pour l'y recevoir, puisque madame de Rosny aurait pu le faire sans moi, que pour avoir le temps de m'entretenir en particulier avec ce prince, et pour recevoir ses instructions secrètes sur les choses qui devaient se traiter dans le conseil en son absence. La bonne intelligence n'y régna pas long-temps. Mes collègues , s'apercevant par les dépêches particulières que je recevais du roi que j'avais l'oreille de sa majesté, se liguèrent par jalousie contre moi, me regardant comme celui qui aurait tout l'honneur de ce que le conseil pourrait faire de louable. Ils crurent me dégoûter, ou me forcer au silence en se réunissant tous constamment contre mon avis; comme ils virent que je n'en allais pas moins mon chemin , ils prirent le parti de s'entretenir dans les assemblées de tout autre chose que des finances, dont ils remettaient à conférer en secret, tantôt chez le chancelier, tantôt chez Sancy : c'est là que tout se réglait sans ma participation. Je ne leur dissimulai point ce que je pensais de cette prévarication : je leur déclarai que je ne prétendais plus être compris dans leurs résultats ; et au lieu de signer leurs arrêtés , je protestai contre , et me retirai à Moret. MM. du conseil , qui n'avaient pas même de prétexte à apporter du mécontentement qu'ils me donnaient, craignirent les reproches de sa majesté, et me firent prier par M. le

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