LIVRE SEPTIÈME. I^-J
prince de Conti lui-même de revenir au conseil. J'ai toujours été naturellement incapable de flatter personne, ni de rien dire contre mon sentiment. Je leur répondis que, puisqu'on ne remédiait à aucun des abus qui s'étaient introduits dans les finances, quoiqu'on les connût , je ne voulais pas du moins qu'il me fut reproché d'y participer, et je demeurai à Moret plutôt que d'être le témoin des malversations que je voyais commettre impunément.
Le roi trouva tant de conformité entre sa situation et la mienne lorsque je lui mandai tout ce qui m'était arrivé , qu'il crut ne pouvoir mieux me consoler qu'en m'en instruisant à son tour. Il avait afïsdre à des esprits intraitables. Le comte de Soissons, qui ne l'avait suivi qu'à regret, s'en vengeait en lui faisant essuyer tous ses caprices et sa mauvaise humeur. Il eut beau faire ; il ne put pousser sa majesté , quelque irritée qu'elle fut , jusqu'à en arracher im ordre de se retirer, qui était tout ce qu'il demandait; et il fut enfin obligé de se retirer de lui-même sur un prétexte si finvole, qu'à peine peut -on l'appeler un prétexte. Sur le bruit de l'approche du connétable de Castille , le roi s'étant £sdt amener par le connétable de Montmorency et le maréchal de Biron les deux corps de troupes qu'ils commandaient, le comfr* prétendit que sa charge de grand-maître de la mai-
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son du roi lui donnait le droit de conduire en chef toutes ces troupes en l'absence de sa majesté : et il le lui déclara à elle-même. Le roi ne jugea pas devoir seulement parler au connétable et au maréchal de souffrir un passe-droit de cette nature, et s'efforça de faire revenir le comte de Soissons de cette ridicule idée. 11 le soUicita, le pria comme il aurait pu faire son fils ou son frère ; ce sont les termes dont ce prince se servait en me mandant ce détail, mais inutilement. Le comte, qui ne péchait pas par ignorance , le quitta avec un feint mécontentement , et engagea une partie des gens de guerre qu'il avait sous sa conduite à en faire autant. Le roi dépécha aussitôt un courrier chargé de lettres pour son conseil, qu'il avertissait de prendre de justes mesures sur la fuite du comte de Soissons. Le même courrier en laissa ime pour moi en passant par Moret. Henri ne savait pas encore que je m'y étais retiré; mais nous en étions ainsi convenus , afin de dérober à mes ennemis la connaissance de mon commerce avec sa majesté. Trois ou quatre jours après la réception de cette lettre, mes domestiques vinrent m'avertir qu'il venait d'arriver des gens de guerre , qui prétendaient avoir leur logement à Saint-Mamert , village sur le confluent de la Seine et du Loing , de la dépendance de Moret , et qui n'en est distant que d'un quart de lieue. J'envoyai Camord savoir